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Il est des vérités simples qui fondent la solidité des Nations.

Parmi elles, une évidence demeure. Un État ne tient durablement que lorsque chacun se reconnaît en lui. Dans un pays riche de sa diversité humaine, culturelle et religieuse, gouverner ne consiste pas seulement à administrer. Gouverner, c’est rassembler, équilibrer, projeter l’avenir sans rompre l’unité.

La composition d’un gouvernement n’est donc jamais un acte anodin. Elle est un message. Elle dit à chaque citoyen si la République lui parle, s’il y a sa place, s’il fait pleinement partie du destin commun. Là où cette reconnaissance existe, la confiance s’installe. Et sans confiance, aucune Nation ne peut durer.

La stabilité politique n’est pas le fruit du hasard. Elle naît de la conviction partagée que l’État est juste, équitable et attentif à toutes ses composantes. À l’inverse, lorsque le pouvoir est perçu comme éloigné, concentré ou réservé, les frustrations s’accumulent en silence. Et l’histoire nous enseigne que les silences prolongés sont souvent les prémices des crises.

Notre République repose sur un principe fondamental. Tous les citoyens sont égaux devant la loi. Ce principe, inscrit dans notre Constitution, est aussi au cœur de l’houphouëtisme, cette philosophie politique fondatrice qui a permis à la Côte d’Ivoire de se construire dans la paix, le dialogue et l’équilibre. L’houphouëtisme n’a jamais opposé. Il a toujours rassemblé. Il n’a jamais nié la diversité. Il l’a organisée pour préserver l’unité nationale.

Sous l’inspiration du Président Félix Houphouët-Boigny, l’État ivoirien a longtemps veillé à intégrer les grandes composantes de la Nation dans la conduite des affaires publiques. Non par calcul, mais par sagesse. Car exclure fragilise l’État, tandis que rassembler le renforce. Cette approche a permis, malgré les épreuves, de maintenir un socle de cohésion et de prévenir des fractures irréversibles.

Il est essentiel de le rappeler avec clarté. Inclure ne signifie pas diviser, ni instaurer des quotas mécaniques, ni sacrifier la compétence. La République ne se partage pas. Elle se sert avec responsabilité. La Constitution en est la boussole. La compétence, le mérite et la loyauté envers l’État demeurent les piliers de toute gouvernance crédible. La diversité accompagne l’efficacité de l’action publique. Elle ne s’y substitue jamais.

Ainsi, le maître mot demeure la perception de l’inclusion que doit traduire la composition du gouvernement afin d’assurer durablement la stabilité et la cohésion nationale. Ce n’est pas seulement l’inclusion réelle qui compte, mais la manière dont elle est comprise, ressentie et partagée par l’ensemble des citoyens.

Dans ce principe, le gouvernement doit être le reflet fidèle de la diversité de la population, afin que chaque composante de la Nation puisse se reconnaître dans l’action publique et se sentir pleinement associée à la gestion de l’État.

Dans le cas de la Côte d’Ivoire, cette diversité est une réalité objective. Elle se traduit par plus de soixante groupes ethniques, avec une répartition d’environ trente-huit pour cent pour les groupes Akan et cinquante-deux pour cent pour les autres ensembles, notamment les groupes Gur, Mandé Nord, Mandé Sud, Krou et les populations naturalisées. Cette réalité démographique n’est ni une opinion ni une revendication. Elle constitue un fait national.

Dès lors, le gouvernement doit tendre à refléter, avec intelligence et responsabilité, cette diversité réelle, afin de garantir la perception d’inclusion et de consolider la stabilité institutionnelle. Il ne s’agit pas d’une arithmétique rigide, mais d’un cap politique clair.

Dans cette perspective, le concept de rattrapage, entendu non comme un droit fondé sur l’ethnie mais comme un mécanisme transitoire de correction des déséquilibres de représentation, peut être considéré comme une politique légitime d’équité nationale lorsqu’il vise exclusivement à rapprocher la composition de l’administration et du gouvernement de la diversité réelle de la Nation.

Ce mécanisme n’a de sens que s’il est encadré par la loi, guidé par la compétence et strictement limité dans le temps, avec pour seul objectif l’atteinte d’un équilibre conforme à l’esprit républicain.

La diversité nationale demeure ainsi une boussole d’appréciation, permettant de mesurer le chemin parcouru, d’évaluer l’équilibre atteint et de déterminer le moment où toute logique correctrice doit s’effacer au profit d’une gouvernance apaisée, stable et pleinement institutionnelle.

Notre histoire récente est éloquente. Les périodes de paix durable ont correspondu à des moments où l’État apparaissait comme équitable, rassembleur et attentif à tous. Les périodes de tension, elles, ont souvent été nourries par des sentiments d’exclusion, réels ou ressentis. Ce n’est pas l’identité qui divise un pays, c’est l’injustice perçue.

C’est pourquoi, dans les moments décisifs, l’inclusion a toujours été un instrument de pacification et de réconciliation. Non pour affaiblir l’autorité de l’État, mais pour la renforcer. Un État qui rassure gouverne sans contrainte excessive. Cette vision est profondément houphouëtiste. Elle place la paix au-dessus des intérêts immédiats et la stabilité au-dessus des passions passagères.

Tout cela doit s’inscrire, sans exception, dans le respect strict de la loi fondamentale. La Constitution n’est pas un obstacle à l’inclusion. Elle en est le cadre protecteur. Elle garantit l’unité de la République, l’indivisibilité de l’État et l’égalité de tous les citoyens. L’houphouëtisme, loin de s’y opposer, en est l’une des traductions politiques les plus abouties.

Inclure pour durer, unir pour gouverner n’est donc ni un slogan ni une posture. C’est une vision. Un État fragile exclut pour se protéger. Un État fort inclut pour construire l’avenir. Inclure, c’est faire le choix de l’intelligence collective, de la responsabilité et de la durée.

La stabilité politique ne repose pas uniquement sur des institutions ou des textes. Elle repose aussi sur la perception qu’ont les citoyens de la justice, de l’équité et de leur place dans la République. Un gouvernement inclusif, compétent et fidèle à l’esprit houphouëtiste renforce l’État. Un État respecté consolide la paix. Et une paix durable ouvre la voie au progrès.

C’est dans cet esprit de rassemblement, de responsabilité et de vision que s’écrit l’avenir de notre Nation.

Abidjan, le 10 janvier 2026

Yaya Fofana

Président du MFA