Côte d’Ivoire / Le broyage de fèves de cacao en nette baisse faute d’électricité

Les pénuries d’électricité qui touchent la Côte d’Ivoire depuis le mois d’avril affectent les broyeurs de cacao qui transforment les fèves. Et cela pourrait avoir des conséquences sur toute la filière…

 

Aucune société n’était préparée à ces délestages. Alors aujourd’hui chez les broyeurs de cacao on s’adapte au mieux, en essayant d’honorer les commandes, mais non sans amertume. « C’est dommage que ces problèmes arrivent alors que nous sommes dans une année historique en terme de production », confie le représentant d'un broyeur-exportateur basé à Abidjan.

La baisse de l'activité de broyage prévue pour le mois de mai devrait être de 40% en moyenne, sachant que la quantité de fève traitée par mois en Côte d’Ivoire tourne généralement autour de 45 à 49 000 tonnes. Et pour le mois de juin, les prévisions ne sont pas meilleures. Un coup dur pour le premier producteur mondial de cacao qui a tout fait ces dernières années pour augmenter les quantités de fèves broyées localement pour valoriser son produit et créer la plus-value qui va avec.

 

Un retard impossible à rattraper

 

Avec la baisse de régime des broyeurs, inévitablement les finances de l’État vont souffrir. Un manque à gagner sur les taxes à l’export parait inévitable. « Un broyeur qui perd une minute, une heure ou une journée ne peut pas la rattraper » résume un expert du secteur, car la capacité de broyage n’est pas extensible. Les plannings de transformation et d’exportation ne pourront donc pas être tenus. C’est mathématique.

Les broyeurs, eux, s’apprêtent à gérer des retards de livraison sur les commandes et s’exposent à des pénalités pour ceux qui sont aussi exportateurs.

Les usines qui s’en sortent le mieux, sont celles qui sont équipées de générateurs. Mais cela ne suffit pas car « aucun groupe électrogène ne peut couvrir toute la capacité de production », explique un de nos interlocuteurs. Alors il faut faire des choix. Certains ont renoncé temporairement à produire du beurre de cacao et se concentrent sur la phase qui précède, la production de masse de cacao qui sert de base de travail à l’industrie chocolatière. Car le générateur n’est pas la panacée non plus, il entraine des coûts de production qui sont au moins deux fois plus élevés.

 

Des planteurs exposés si les achats baissent

 

Les planteurs qui sont en amont de la filière risquent eux aussi de ne pas être épargnés Car les broyeurs ne pouvant pas tourner à pleine capacité, les stocks de fèves augmentent ce qui devrait logiquement ralentir les achats et peut-être alors faire baisser le prix des fèves. Certains industriels ont décidé pour l’instant de maintenir leur niveau d’achat prévu. En espérant que la situation ne s’étende pas au-delà des deux mois annoncés par les autorités. Car difficile de stocker les fèves faute de place d’abord, mais aussi parce que leur qualité se dégrade très vite.

Rfi