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En 2024, le ministère d’Etat de la Fonction publique avait fait naître un immense espoir : la suppression de plusieurs impôts qui étranglent les salaires des fonctionnaires. Grandes annonces, réunions à Grand-Bassam, communications médiatisées… Tout laissait croire que la réforme était imminente. Un an plus tard, les fonctionnaires attendent encore. Les promesses, elles, n’ont toujours pas traversé la porte du Conseil des ministres.

Pourtant, certains impôts n’ont plus aucune raison d’exister. La Contribution nationale, créée pendant la crise de 2002, continue d’être prélevée comme si le pays était encore en guerre. Entre-temps, la vie est devenue plus chère, les charges plus lourdes, et les salaires… inchangés. Comme le rappellent les économistes : trop d’impôts finissent par tuer l’impôt. Aujourd’hui, ce sont les fonctionnaires qu’on finit par tuer.

En Côte d’Ivoire, un fonctionnaire nourrit en moyenne une dizaine de personnes. Comment vivre dignement quand, malgré la croissance économique, le pouvoir d’achat plonge ? Comment assurer un service public de qualité quand ceux qui le font fonctionner ne peuvent pas payer leur logement dans certaines communes d’Abidjan ? Cette fracture salariale crée une administration à deux vitesses : d’un côté, les privilégiés ; de l’autre, ceux qui s’endettent pour survivre.

Le père fondateur de la Nation l’a dit : « Ventre affamé n’a point d’oreilles ». Un fonctionnaire affamé n’a pas non plus la force d’être incorruptible. Augmenter les salaires, ce n’est pas faire un cadeau : c’est renforcer l’intégrité, l’efficacité et la dignité de l’administration publique.

Malgré la prime du 10 janvier, la précarité persiste. Et un phénomène inquiétant s’accélère : l’exode des compétences. Le corps médical part au Canada. Les enseignants s’endettent massivement auprès des usuriers. Demain, qui fera encore le choix d’être fonctionnaire si la survie remplace la stabilité ?

La Côte d’Ivoire se targue d’un budget en hausse constante depuis plus d’une décennie. Mais à quoi sert la croissance si ceux qui servent l’Etat ne sentent rien dans leur assiette ? Le président de la République, économiste averti, sait que le moment est venu d’assumer une responsabilité historique : réévaluer les salaires, supprimer les impôts injustes et redonner de la dignité à celles et ceux qui font tourner le pays.

Attendre davantage, c’est accepter que le service public s’effondre, que les compétences s’en aillent et que le découragement gagne chaque ministère.

Il est temps de passer des annonces aux actes. Les fonctionnaires n’attendront pas éternellement.

Evariste Adou

Analyste politique