Côte d'Ivoire : La fête de Noël sous les regards détournés
Les cloches ont sonné à minuit dans la nuit de Noël, les guirlandes ont scintillé dans les rues, les feux d'artifice et les lumières tricolores se sont entremêlées à l'étoile, les chants de Noël ont résonné dans les cathédrales et les chapelles d’où une voix s'est élevée. Calme mais ferme, poétique mais percutante : celle du Père Norbert Eric Abékan.
Dans une méditation poignante aussi vibrante qu'engagée, il a déchiré le voile des apparences pour dévoiler la face oubliée de la fête de Noël. Il a rappelé le cœur blessé de cet événement, celui des bébés nés en prison, couchés sur le sol et qui s'abreuvent à l'eau des adultes. Les veuves, les orphelins, les vieillards, abandonnés dans le silence douloureux, oubliés dans la solitude de la nuit de Noël, constituent pour le prêtre ivoirien « des regards détournés ».
A travers des images saisissantes, il a donné chair à l'indicible : « beaucoup passeront les yeux volontairement fermés sur leurs conditions », a-t-il affirmé. Tous ces visages invisibles, il les a reliés à l'enfant-Dieu, l'Emmanuel, né sans faste, ni éclat, ni pouvoir, dans une mangeoire d'animaux.
Loin d'être un Noël superficiel, le Père Norbert Eric Abékan a rappelé à un réveil du cœur qui longtemps somnole pour céder le pas à des batailles, à des guerres par morceaux. Ailleurs Noël est célébré dans plusieurs pays avec des bombes, les tirs d'artillerie lourde et les rafales de kalachnikov qui noircissent le firmament. Dans une supplique vibrante, le Père Abékan a crié vers le Dieu des armées, cet Enfant-Dieu, désarmé dans une mangeoire pour qu'il vienne installer la paix à jamais dans les cœurs des peuples. Alors ce chant millénaire « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu'il aime », ne sera plus seulement une mélodie de circonstance mais le cantique vivant d'un monde transformé, réconcilié avec lui-même.
Il a imploré que l'on ouvre les yeux sur la misère de la société civile et qu’on tende la main à celle qui est marginalisée. Il a invité à partager le pain aux affamés qui ont du pain que des bouchées d'air et de vraies boissons de Noël que les larmes qui coulent de leurs yeux qui se reversent au quotidien dans leurs bouches.
« Noël c'est la lumière mais quelle lumière si elle n'éclaire pas les oubliés et détourne le regard du ventre des affamés ? », s'est-il interrogé. Il a poursuivi en exhortant à faire de Noël, une naissance véritable qui met fin aux injustices sociales et qui célèbre l'amour incarné, le partage et la paix offerte aux faibles. Et, non l'éclat des feux par des formes fragmentaires mais la clarté d'un regard tourné vers l'autre. Noël dit-il, « c'est la lumière mais aussi la douleur des invisibles ». Et, dans ce paradoxe réside l'éternelle beauté de la Nativité. Joyeux et Saint Noël.
Rémy Montini Dago





