Cherté de la vie, délestage / « C’est la faillite programmée pour les commerçants » Dembélé Mohamed, président de l’Union des commerçants de Côte d’Ivoire

Produits en décomposition, pertes de stock, les conséquences du délestage ne se comptent plus pour les commerçants de Côte d’Ivoire. Dembélé Mohamed, président de l’Union des commerçants de Côte d’Ivoire évoque même « une faillite programmée » des opérateurs du secteur.

 

Quels sont les objectifs assignés à l’Ucci ?

Les objectifs sont fixés annuellement. Les collaborations avec l’administration des banques, les micro-finances, les compagnies d’assurance, pour le bien des commerçants font partie de nos objectifs. Nous avons également la construction des marchés et leur approvisionnement en produits vivriers. Nous avons aussi des objectifs journaliers qui sont d’apporter aide et assistance quotidiennes aux commerçants. Tout ceci dans l’objectif de promouvoir l’autonomisation de la femme et de la jeunesse.

 

Quels sont les avantages pour les commerçants d’adhérer à l’Ucci ?

Il y a un adage qui dit « l’union fait la force ». L’Ucci est une référence, un soutien pour les commerçants. Adhérer à l’Union, c’est non seulement avoir un soulagement pour son commerce et d’œuvrer ensemble pour améliorer nos conditions de travail. A ce titre, l’Ucci permet aux commerçants d’avoir des informations utiles dans leurs domaines d’activité, à obtenir plus facilement des documents administratifs, à  sortir également de l’informel, etc. L’Ucci défend également les intérêts des commerçants, leur permet d’obtenir de l’aide financière auprès des micro-finances, etc. Nous appelons donc l’ensemble des commerçants à l’union.

 

Combien d’adhérents revendiquez-vous à ce jour ?

Au niveau d’Abidjan, à ce jour, nous sommes 35500 membres et à 15100 membres au niveau de l’intérieur du pays, avec 14 sections implantées sur l’ensemble du territoire national.

 

Le pays est confronté en ce moment à un délestage ; c’est-à-dire des coupures intempestives de courant. Quelles conséquences cela pourrait avoir sur les activités des commerçants ?

Les coupures d’électricité sont un coup dur pour nous les commerçants. Parce que l’électricité est très importante pour nos activités. Nous perdons plusieurs jours de travail dans le mois. Je prends l’exemple des vendeurs de poisson, de viande, de produits laitiers…etc. Lorsqu’il y a interruption de courant pendant plusieurs heures, il va sans dire que ces produits vont connaître un début de décomposition, en dégageant des odeurs nauséabondes, impropres à la consommation. De là, vous imaginez déjà les pertes énormes subies par les commerçants. Lorsqu’il y a coupure de courant plusieurs commerçants ne peuvent plus exercer leurs activités. Et donc, si on comptabilise le manque à gagner par mois pour chaque commerçant, c’est vraiment énorme. Surtout lorsque les commerçants doivent s’acquitter des différentes taxes (patente, impôt, etc.), qui n’ont subit jusque-là aucun  allègement, eu égard à la crise énergique. C’est la « faillite » programmée pour les commerçants. Ainsi, nous appelons l’Etat à nous assister, en annulant ou réduisant le coût des taxes et impôts dans ce contexte de crise énergétique où toutes les activités des commerçants tournent au ralenti.

 

On parle de cherté de la vie avec l’augmentation des prix de certains produits, notamment la farine, l’huile, la viande de bœuf, etc. ; les commerçants sont indexés par la population. Vous êtes véritablement responsable de ces augmentations abusives ?

L’augmentation des prix de certains produits sur le marché est due principalement à l’augmentation de certaines taxes d’importation desdits produits. Le commerçant n’est pas le premier responsable de ces augmentations. Quand nous prenons l’exemple de la viande de bœuf qui est plus flagrant, il y a plusieurs taxes à payer. Notamment, au niveau de l’abattoir, de l’abattage, du côté vétérinaires, de la mairie, du district etc. Et tout ceci a augmenté. Donc les bouchers sont obligés de répercuter l’augmentation de ces taxes sur le kilogramme de bœuf. Nous plaidons à cet effet auprès du gouvernement pour qu’il veille au respect des prix indicatifs. Puis à procéder à la réduction des montants des différentes taxes, pour que les produits soient plus accessibles aux consommateurs moyens. Nous demandons aussi aux populations d’être indulgentes avec nous. Nous ne sommes pas à 100% fautifs. Chacun a sa part de responsabilité dans la cherté de la vie. Ainsi nous proposons qu’il soit mis en place, un comité mixte pour suivre le prix des produits depuis la base (usines) jusqu’au consommateur final.

 

Le 26 décembre 2020, vous avez signé un partenariat avec deux compagnies d’assurance, en vue d’une couverture santé puis de biens et services au bénéfice des commerçants. Quel bilan à mi parcours pouvez-vous faire maintenant ?

L’assurance est l’un des premiers objectifs et priorités de l’Ucci, de sorte que les commerçants puissent bénéficier d’une assurance à moindre coût, pour pouvoir se soigner puis protéger leurs biens et services. Nous pouvons dire qu’à ce jour, notre bilan est positif. Nous avons achevé la première phase qui était la phase pilote avec la remise des premières cartes aux premiers adhérants. Nous avons entamé la deuxième phase qui est de toucher le maximum de commerçants par la sensibilisation, en vue de leur expliquer le bien-fondé de l’assurance. Dès le 25 mai 2021, nous commençons par le marché de Riviera-Palmeraie, à sensibiliser les commerçants qui y sont installés. Ils ont été récemment victimes d’un incendie. Donc, ils comprendront mieux l’intérêt de l’assurance. Et je pense qu’ils vont y adhérer massivement.

 

Lors de la signature de ce partenariat avec les compagnies d’assurance, vous avez saisi l’occasion pour inviter le gouvernement à honorer son engagement vis-à-vis des commerçants, par la mise à disposition du fonds Covid-19 annoncé afin de relancer vos activités. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Concernant le fonds Covid-19 destinés aux commerçants, nous sommes encore en discussion avec notre ministère de tutelle. Nous rencontrons des difficultés avec le mécanisme mis en place pour l’attribution des fonds. Par exemple, dans un secteur où 90% de ceux qui y exercent sont illettrés, il est demandé aux commerçants de renseigner des données sur un site Internet. Comment est-ce que nos mamans qui vendent dans le marché peuvent-elles y arriver ? Il serait donc intéressant que le ministère prenne attache avec la mairie, en vue d’obtenir des informations correctes sur les commerçants à indemniser. Puis également de s’approcher  des associations de commerçants comme l’Ucci afin de pouvoir toucher les petits commerçants et tous ceux qui exercent dans l’informel. Je profite encore de cette occasion pour inviter les autorités à mettre tout en œuvre, en vue de permettre aux commerçants de bénéficier de ce fonds de relance de leurs activités. 

 

Beaucoup de commerçants tant à Abidjan que dans les villes de l’intérieur du pays ignorent l’existence de votre Union. Que faites-vous pour mieux vous faire connaître ?

Nous déployons des sections sur l’étendue du territoire. La dernière en date est celle de Yopougon. Ces sections nous permettent d’être au plus près des populations et nous faire connaître. Nous avons aussi un site Internet et une page Facebook, pour promouvoir au quotidien les activités de l’Union. Nous nous appuyons également sur la presse qui relaye nos activités.

 

Interview réalisée par

N. Y.