Côte d’Ivoire / Une femme meurt en couche à Adzopé : Les réactions des parents de la victime et des soignants

Dans l’affaire du drame d’Adzopé, les versions des différentes parties divergent. Nous vous proposons les réactions des agents soignants et des parents de dame Abiba Zerbo.

 

La version des médecins

 

Il ressort de nos investigations ce qui suit.

Une dame d'une quarantaine d'années, bien connue des Sages-femmes à été reçu le 03 mai 2020, dans une situation post terme.

Un RDV lui a été donné pour le 6 mai pour l'accouchement.

Arrivée le 6 mai aux environs de 11h, il a été signifié à la dame qu'elle devra subir une opération chirurgicale.

Il lui a donc été demandé de venir avec les effets nécessaires pour l'acte.

C'est ainsi qu'elle est allé à la maison pour revenir aux environs de 22 h avec des douleurs.

Il paraît nécessaire de révéler que le bloc opératoire aux dires du médecin chef présente d'énormes difficultés, ne permettant pas d'opérer la nuit... Et d'ajouter que cette situation est connue de toutes les autorités sanitaires depuis des lustres, et que c'est à son corps défendant que le personnel met tout en œuvre pour satisfaire la population...

Alors la dame arrivée, on constate un col dilaté à 2 cm.

Ainsi une surveillance s'impose, dans un contexte de 16 parturientes à surveiller.

C'est ainsi que la dame, dans son box à eu une chute constatée par sa voisine de chambre qui a alerté le personnel.

Les sages femmes se faisant aider par les PM, l'ont remise sur son lit.

Après analyse, elles ont rassuré le médecin que la patiente allait bien.

Quelques heures plus tard, aux environs de minuit la patiente à commencé à saigner, c'est ainsi que sur avis du médecin, une poche de sang fut administrée à la patiente à cause de l'hémorragie.

Dans la suite de la prise en charge, il fit constater la rupture pré utérine, qui exige une opération d'urgence.

Le bloc étant défaillant, et l'absence de champ opératoire, les parents furent informés d'une évacuation d'urgence.

Le seul parent qui était là ne pouvant décider seul selon lui, a réuni les autres parents pour la décision de l'évacuation sur le CHU Cocody, une heure de temps après.

Ainsi les parents ont décidé de l'évacuer plutôt dans une clinique de leur choix qui selon eux réunirait les conditions d'une prise en charge de leur parturiente.

Il était une 1 heure du matin.

Ainsi la patiente fut évacuée à la clinique.

Et la garde a continué...

Quelques heures plus tard, Adzopé étant une petite ville, l'information du décès de la femme tombait au CHR aux environs de 02 h 30.

Nous notons à ce jour une forte mobilisation des agents de santé de l'hôpital en faveur de leurs collègues...

Un appel est lancé à ceux qui sont en périphérique à rester à l'écoute.

Nous vous reviendrons camarades agents de santé de CI.

 

 

La version des parents

 

Tu t'appelais Abiba mariée et mère de 04 enfants. Tu attendais ton 5ème enfant. Vendeuse de bouillie en face de l'hôpital général d'Adzopé. Ce jeudi 06 mai 2021, tu ne savais pas que tu avais rendez-vous avec la mort quand tu es allée rencontrer le gynécologue de l'hôpital général parce que la date prévue pour l'accouchement était dépassée depuis longtemps. Il t'a fait des soins pour déclencher l'accouchement et t'a demandé de revenir le soir quand tu aurais mal. À 22 h, tu t'es présentée à la maternité accompagnée de tes deux mamans. Les sages-femmes de garde ont appelé le gynécologue. Il n'est pas venu. Il s'est contenté à chaque appel de leur donner des instructions à suivre. Tu étais seule dans la salle d'accouchement. Tu criais pour appeler les sages-femmes mais elles étaient plus préoccupées par le film qu'elles suivaient à la télé. Tes mamans présentes ont interpellé les sages-femmes, elles les ont rabrouées. Fatiguée, épuisée tu continuais de crier et de réclamer de l'aide. Tes mamans arrêtées dans le couloir, inquiètes et impuissantes voulaient entrer t'assister. Mais elles butaient toujours sur le refus brutal des sages-femmes. Soudain toutes les personnes présentes dans le couloir ont été ébranlées par un lourd bruit. Comprenant qu'il y avait problème, l'une de tes mamans a brutalisé une sage-femme et a soulevé le rideau de la salle d'accouchement. Devant elle, l'horreur. Tu étais couchée à même le sol, la tête de l'enfant était déjà sortie. C'est sans doute dans ta tentative d'expulser seule ton enfant que le drame s'est produit. Les sages-femmes paniquées venaient de réaliser l'immensité de leur négligence. Elles demanderont à te faire évacuer dans une clinique alors que l'hôpital général où vous étiez à un bloc opératoire. Savaient-elles qu'il n'y aurait personne à cette heure ou voulaient-elles dégager leurs responsabilités pour la suite qu'elles savaient fatales? En effet le bébé avait une fracture au cou et toi même tu avais déjà 3 fractures au bras. Tes frères qui étaient présents n'ont pas attendu l'ambulance. Ils t'ont embarquée dans leur voiture pour te conduire à la clinique située à juste 5 mn de l'hôpital. Mais hélas ! Mille fois hélas ! Tu n'auras plus de souffle pour parcourir ces 5 mn, les minutes les plus longues de ta vie. Tu es décédée, ce vendredi à 01 heure du matin. À deux heures tout le quartier a été réveillé par l'horrible nouvelle. Révoltées les femmes du quartier se sont rendues à la préfecture. On leur dira que le Préfet est absent. Ce vendredi après la prière tu as été portée en terre avec ton bébé. Tu es morte en martyre et nous prions Allah qu'il te fasse miséricorde.

Repose en paix Abiba avec ton bébé. Tes pauvres enfants, ton mari, tes parents et toute ta communauté impuissante s'en remettront sans doute à Allah.

 

Source : Natogoma Bamba