Les démolitions intervenues le 3 juin 2026 à Koumassi-Campement continuent d’alimenter le débat public. Alors que l’enquête judiciaire se poursuit, la chronologie des événements montre que cette opération s’inscrit dans une politique plus large de lutte contre le désordre urbain et les occupations de zones à risques engagée par le District autonome d’Abidjan depuis 2024.

 

Une politique annoncée avant les démolitions

 

Présenté le 16 septembre dernier par le procureur de la République, le point d’étape de l’enquête judiciaire doit permettre d’établir les responsabilités et de déterminer si toutes les exigences légales ont été respectées lors de l’opération de Koumassi-Campement. Mais cette procédure judiciaire ne saurait, à elle seule, effacer la chronologie d’une politique publique annoncée avant les événements du 3 juin.

Le 14 avril 2026, lors de la conférence « Presse bilan et perspectives », le ministre-gouverneur Cissé Ibrahima Bacongo avait annoncé la poursuite des opérations contre le désordre urbain. Plusieurs zones avaient alors été citées, dont Mossikro, Boribana, Zimbabwe, Micao et Campement. Ces quartiers étaient notamment présentés comme exposés aux constructions anarchiques, aux remblais précaires et à l’insalubrité.

Un mois plus tard, le 20 mai, une opération était lancée à Cocody dans plusieurs zones à risques. Dans un communiqué publié le 21 mai, le District précisait que des missions de terrain avaient été conduites avec plusieurs services de l’État et collectivités. Elles devaient notamment permettre le recensement des ménages, les évaluations sociales et techniques ainsi que l’accompagnement et l’indemnisation, dans le cadre de l’opération « Zéro mort ». Le même communiqué annonçait des interventions similaires dans les autres zones identifiées comme dangereuses.

 

250 lots, dont 205 sans titre foncier

 

Koumassi-Campement a ainsi été concerné le 3 juin, après Zimbabwé. Selon les éléments présentés par le Parquet, la zone directement touchée représentait 6 hectares, 88 ares et 38 centiares, soit 250 lots répartis sur sept îlots. Sur ces parcelles, 205 étaient dépourvues de titre foncier, contre 28 bénéficiant d’un arrêté de concession définitive, quatre d’un certificat de mutation et huit d’un titre foncier au nom de l’Etat.

La question de la sécurité des populations constitue également un élément central du débat. A Mossikro, un glissement de terrain avait fait six morts et sept blessés en mai 2025. Un autre éboulement survenu en juin 2026 y avait fait au moins douze morts selon un bilan provisoire. Ces drames illustrent les conséquences potentielles de l’occupation de certaines zones exposées.

Pour autant, le dossier de Koumassi-Campement ne peut être réduit à une opposition entre fermeté administrative et préoccupations sociales. Une démolition affecte directement des familles et des activités économiques. Le District avait lui-même annoncé des mesures de recensement, d’évaluation sociale, d’accompagnement et d’indemnisation. Le respect effectif de ces engagements constitue donc un enjeu majeur.

 

Entre fermeté urbaine et exigence de justice

 

Sur le plan judiciaire, le Procureur a rappelé que l’audition d’un acteur ne constitue ni une condamnation ni, à elle seule, la preuve d’une responsabilité pénale. La justice doit notamment reconstituer la chaîne opérationnelle : décision, instruction, organisation technique, sécurisation et exécution.

Le débat porte également sur le cadre d’intervention du District. Celui-ci dispose de compétences en matière d’aménagement du territoire, de lutte contre les effets de l’urbanisation, d’environnement et de protection civile. Le ministre-gouverneur a indiqué que l’opération s’inscrivait dans le plan ORSEC, même si ce dispositif ne constitue pas, à lui seul, une autorisation générale de démolir.

Au-delà de la polémique, l’enjeu demeure donc double : protéger les populations contre les risques urbains tout en garantissant les droits des personnes affectées. Une maison détruite représente une famille, des enfants et parfois toute une activité économique. Mais une zone dangereuse peut également exposer des populations à des drames irréversibles.

La justice devra établir les éventuelles responsabilités individuelles. En parallèle, l’action publique devra être appréciée à l’aune de ses engagements en matière de recensement, d’accompagnement et d’indemnisation. C’est à cette condition que la lutte contre le désordre urbain pourra concilier sécurité, organisation de la ville et respect des populations.

A.K.