Côte d’Ivoire / Dans le calvaire des usagers de l’axe Bouaké-M'bahiakro-Ouellé-Daoukro

L'axe M'bahiakro-Ouellé-Daoukro est devenu un véritable calvaire pour les usagers et autres automobilistes. Bitume carrément arraché du sol par endroits, nids de poules, crevasses, l’axe M'bahiakro-Ouellé-Daoukro qui n'a jamais subi des traitements d’appoint depuis sa réalisation, est depuis quelques années fortement dégradé, causant de nombreux désagréments aussi bien aux usagers qu’aux populations riveraines.


Longue d’environ 73 km, si l'axe Bouaké-M'bahiakro est hors de critique, ce n'est pas le cas pour l'axe M'bahiakro-Ouellé-Daoukro. Cette voie est quasi impraticable. En milieu de matinée, ce lundi 30 novembre 2020, les quelques véhicules et engins à deux roues qui s’y aventurent sont engagés dans un jeu de zigzag permanent pour éviter les trous et autres nids de poule qui jonchent le macadam et dont certains s’étendent sur deux voire trois mètres. Cela, en dépit du fait que le tronçon partant du fleuve N'zi dans la ville de M'bahiakro passant par Ouellé et allant à Daoukro, date des années 70 et jusque-là, n'a jamais connu de renforcement. Cette voie dont le bitume est à plusieurs endroits carrément arraché du sol, a fini par obliger la majorité des usagers à faire un tour au garage tous les jours.


Délaissée par les automobilistes


Cela fait plusieurs années que la voie M'bahiakro-Ouellé-Daoukro enregistre très peu d’automobilistes nationaux et même étrangers en provenance des pays voisins de l'Est pour le centre du pays, selon certains usagers. « Notre route est trop gâtée. A cause de ça tous les véhicules passent par Daoukro-Abidjan. Avant on se rendait facilement à Yamoussoukro où Abidjan mais c’est devenu difficile de le faire depuis que les gens ont déserté notre route », se plaint Akanza N’dri, planteur à la « Scierie Jacob », un ancien campement né d’une scierie coloniale, à 7 km Diégonéfla.

Appolinaire Kouassi, gérant de quincaillerie à Kodi, village situé à quelques encablures de la ville de Ouellé, et traversé par la voie M'bahiakro-Ouellé-Daoukro, fait partie de ceux dont les activités connaissent une chute drastique depuis que les véhicules utilitaires, de transport de marchandises et de personnes se font rares, du fait de l’état de dégradation avancée de cette voie. « Nous avons constaté depuis quelques années que les véhicules ne circulent pratiquement plus sur cette voie, et nous pensons que cela est dû au fait qu’elle est très dégradée et envahie par des nids de poule qui font que les conducteurs mettent beaucoup trop de temps pour aller soit à Bocanda, Dimbokro, Yamoussoukro, Bouaké ou dans les pays limitrophes », s’apitoie pour sa part Alain Kouakou, planteur à Sika-Komenankro, village situé à trois kilomètres de la sous-préfecture de Ouellé. Au volant de son mini-car blanc de transport en commun communément appelé « Massa », qu’il vient de ranger sur le bas côté pour faire descendre un passager à Dengbè, Soumaïla Koné est un abonné de la ligne Bouaké-M'bahiakro-Ouellé-Daoukro-Bouaké. Il n’a qu’un seul passager assis à sa droite dans la cabine de pilotage, en partance pour Ouellé. « On peut rouler deux jours, quatre jours, sans faire de recettes parce que nous sommes toujours au garage à cause des pannes fréquentes occasionnées à nos véhicules par le mauvais état de la route », dépeint-il. « Regardez, poursuit-il, on a beau essayer d’éviter les trous, on ne peut les éviter tous et on tombe dedans! Et puis, surtout sur le tronçon M'bahiakro-Ouellé-Daoukro, on ne peut même pas rouler à 70 km/heure, on est toujours entre la première et la deuxième vitesse, cela nous cause une perte de temps considérable et on brûle aussi beaucoup trop de carburant », déplore le transporteur.

Obligés de zigzaguer pour se frayer un chemin, les quelques rares automobilistes et autres usagers de cette route, notamment les conducteurs d’engins à deux roues sont régulièrement victimes d’accidents comme l’explique Kouassi Inza, planteur à Koumelekro, à cinq km de Ouellé. « Les voitures nous coincent, on ne sait quoi faire. Tout à l’heure, il y a une voiture qui m’a coincé, c’est pourquoi on pousse nos vélos plutôt que de les monter pour éviter de se retrouver dans les ravins », fait-il observer, marchant et trimbalant son vélo par mesure de prudence.

Se disant dépité et fatigué de cette situation, sous le regard approbateur d’un autre planteur qui pousse aussi son vélo, Albert Konan qui retourne au village après un tour au champ, où il est allé récolter du manioc, tient les tubercules contenus dans un petit sac de jute attaché à l’arrière de son engin à deux roues. Sur cette ligne Bouaké-M'bahiakro-Ouellé-Daoukro, le voyage, selon les chauffeurs, devient « interminable » surtout sur les 45 kilomètres qui séparent M'bahiakro de Ouellé et les 28 km autres qui séparent Ouellé de Daoukro avec une dégradation plus accentuée. La distance Ouellé-Daoukro qu’ils parcouraient en trente min pendant que la route était bonne, les chauffeurs de la ligne se voient aujourd’hui contraints d’effectuer le même trajet en une heure voire plus.

« La plupart d’entre nous ont fuit cette voie et préfèrent désormais passer par Ananda pour se rendre à Daoukro, car le tronçon Ananda-Daoukro offre encore un meilleur confort de circulation », dit-t-il. Ce jour-là, très peu de véhicules ont circulé tout le long de cette voie pourtant très stratégique pour la communication entre les localités des régions du Centre-est et du Centre du pays, et naguère préférée par les usagers voulant rallier les régions Est et Centre-Est à partir d’autres zones et vice versa. Parti de Bouaké à 8 heures 30 min, l’équipe de reportage n’a croisé qu’une dizaine de véhicules utilitaires, de transport de marchandises et de personnes, dans les deux sens, jusqu’à Daoukro, vers 14 heures. L’abandon de la voie Ananda-Ouellé, n’est pas sans conséquence sur les activités économiques des populations riveraines, notamment les habitants des villages et qu’elle traverse, ainsi que les opérateurs économiques installés dans la zone comme cette station-service.

 

Des activités économiques affectées


Fanta Coulibaly, vendeuse d'igname au carrefour du village Akpessé-Prikro, raconte sa misère. « Avant, ça marchait fort dans notre station, nos ventes étaient élevées mais elles ont chuté depuis que la voie Ananda-Daoukro a été ouverte dans les années 90 », confie-elle. Pour elle, le petit commerce florissant qui s’est développé au fil des ans sur cette route, avec les moments de pauses marqués par des transporteurs pour permettre à leurs passagers de se soulager ou de se dégourdir un tant soit peu les jambes, est en train de s’étioler. « Depuis un moment, l’affluence devant nos produits est presqu’inexistante », appuie-t-elle, pointant le mauvais état de la route. Une vue partagée par plusieurs femmes commerçantes assises, à l’abri de ce soleil de plomb, sous des hangars de fortune faits de bois et de feuilles de bambous. L’une d’entre elles, dame Adou Affoué ne cache pas son amertume. « Regardez comment notre petit marché est vide. Quand les véhicules passaient par ici régulièrement, il y avait beaucoup de commerçants dont des femmes, qui vendaient des produits vivriers, des fruits. Mais les gens n’ont plus le courage de venir vendre », fait-elle savoir. « Pourtant, les commerçantes de ce carrefour s’occupaient de leurs familles avec les revenus provenant de la vente des produits vivriers. Ces femmes aidaient même leurs maris à scolariser leurs enfants mais c’est devenu difficile », poursuit-elle. « Ça ne marche plus ! », coupe la vielle, soutenue dans ses propos par sa jeune consœur qui, comme elle, propose aux clients des cuvettes de tubercules d'ignames proposées à 2500 FCFA le contenu. Selon ces deux femmes, avec ce que les commerçantes gagnent ici, elles s’occupent d’elles-mêmes de leurs familles et scolarisent leurs enfants. A une dizaine de kilomètres de là, la même désolation et amertume se lit sur les visages d’un groupe de commerçantes de la ville d'Ananda. Ici également, à l’instar de toutes les femmes qui proposent leurs produits vivriers et autres fruits aux passants à bords des voitures particulières ou des véhicules de transport en commun ou de marchandises, Koffi Akissi , vendeuse d’escargots, s’attaque aux conséquences fâcheuses du mauvais état de la route sur leurs activités. « Si c’était dans la bonne période où la route était praticable avec le passage de plusieurs véhicules, cette cuvette ne serait pas encore remplie d’escargots à cette heure-ci », avance-t-elle, aux environs de 15 heures, exhibant sa marchandise. Des propos corroborés par d’autres vendeuses aux alentours, dépitées par cette situation, dont profitent pourtant des jeunes désœuvrés qui procèdent au remblayage de certaines zones critiques de la voie, solliciter en retour un geste pécuniaire de la part des automobilistes.


Petites affaires pour les jeunes désœuvrés


Sur le long de la nationale M'bahiakro-Ouellé-Daoukro, l’on aperçoit à plusieurs endroits des jeunes issus de campements et villages riverains s’obstiner à boucher quelques nids de poule avec de la terre rouge récupérée sur les accotements. Tandis que certains de ces ouvriers bénévoles comblent des trous, d’autres assurent la garde au niveau d’une barrière en bois qu’ils ont érigée, pour obliger les véhicules à ralentir à leur niveau afin d’en profiter pour tendre la main aux automobilistes pour recevoir quelques piécettes. De quoi renforcer le vœu essentiel des usagers et riverains de ce tronçon qui n’est autre que sa réhabilitation.


Plaidoyer en chœur pour la réhabilitation


De M'bahiakro à Ouellé en passant par Ananda et Ouellé jusqu'à Daoukro, un seul plaidoyer est repris en chœur sur toutes les lèvres : la « réhabilitation rapide » de la voie M'bahiakro-Ouellé-Daoukro. « Je souhaite ardemment que la route soit très vite réhabilitée, parce que se déplacer par ici est aussi compliquée », lance Adou Affoué, estimant que cela y va de la survie de nombreuses familles riveraines. Certains suggèrent même que la route bénéficie d’un nouveau revêtement comme ce fût le cas au niveau de l’autoroute du nord, pour lui donner une longue durée de vie. « Pour moi, ceux qui vont venir réhabiliter notre route, doivent enlever complètement l’ancien goudron pour mettre un nouveau bitume parce que quand ils viennent et ils soudent les parties où le goudron n’existe plus, les nids de poule refont très vite surface à ces mêmes lieux et ça ne dure pas », conseille pour sa part Antoine Yao, enseignant à Ananda. « Il faut que le tonnage de ciment qu’il faut pour traiter les points critiques de cette voie soit effectivement utilisé à cette fin », propose pour sa part Patrice Kouadio, agent d'une société de téléphonie mobile à M'bahiakro.
Située en Afrique de l’ouest dans le bassin du golfe de Guinée, la Côte d’Ivoire avec ses 322.462 km² de superficie, jouit d’un réseau routier de 81.996 km dont 75.482 km de routes en terre, 6.282 km de routes bitumées et plus 232 km d’autoroutes, selon l’Agence de gestion des routes (Ageroute).

 

O.K.

Correspondant régional