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Carlotta Santarossa et Flavio Di Giacomo, deux experts de l’OIM en Italie ont fait plusieurs révélations sur les nouvelles routes migratoires, la situation des migrants ivoiriens et le sort réservé aux femmes, une fois arrivées en Italie.

 

Quelle est la situation générale des migrants qui viennent d’Afrique pour l’Europe ?

Carlotta : Le pourcentage d’arrivée, en ce qui concerne le flux migratoire, a diminué, ces dernières années. En 2019, il y a eu environ 11000 personnes qui sont arrivées en Italie par la mer méditerranée avec comme pays d’origine, la Tunisie et la Lybie principalement.

 

Au niveau de la Côte d’Ivoire, quelle est la situation ?

Carlotta : 11000 femmes du Nigéria sont arrivées en 2016. De la Côte d’Ivoire, ce sont environ 400 femmes qui sont arrivées en Italie. En 2019, il y a eu environ 500 femmes qui sont arrivées de la Côte d’Ivoire en Italie mais nous avons au total 1200 migrants qui sont arrivés de la Côte d’Ivoire en 2019.

 

Peut-on avoir les chiffres de 2017 et 2018 ?

Carlotta : En 2018, on a eu environ 1000 personnes dont 275 femmes qui sont venues de la Côte d’Ivoire. En 2017, il y a eu 9500 personnes en tout et 1400 femmes.

 

Flavio : C’est normal parce qu’en 2017, il y a eu 120000 arrivées et en 2018, 23000 personnes arrivées au total. Il y a baisse des arrivées de la Lybie. C’est pour cela que les chiffres de la Côte d’Ivoire ont baissé. Mais la Côte d’Ivoire est le 3è pays d’arrivée parce que maintenant ils arrivent de la Tunisie, cette route alternative.

 

Carlotta : L’autre donnée qui est intéressante, c’est que le pourcentage de femmes qui arrivent en Italie a augmenté ces dernières années de 26 à 46%. Il y a plus de femmes qui arrivent maintenant.

 

Qu’est-ce qui explique cela ?

Carlotta : Selon nos études, les femmes fuient les conditions de plus en plus difficiles. Elles sont exploitées en Tunisie et en Lybie. On a identifié cette route de la traite qui part de la Côte d’Ivoire et qui arrive en Tunisie.

 

La Côte d’Ivoire aurait signé un accord avec le gouvernement italien pour rapatrier les migrants ivoiriens. Pouvez-vous en dire d’avantage ?

Carlotta : Au niveau de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), nous n’avons pas lu cet accord, nous n’avons pas eu ce texte à disposition. Nous ne pouvons pas commenter ce texte qui résulte d’un accord bilatéral entre les deux gouvernements italien et ivoirien.

 

Flavio : On a seulement lu dans les journaux. Et les journaux parlaient d’une entente.

 

 

Quels sont les nouveaux chemins que les migrants empruntent aujourd’hui ?

Flavio : Il y a une hausse des arrivées en Espagne. Plus de 13000 personnes sont arrivées d’Espagne en 2018 surtout de l’Afrique francophone, le Sénégal et la Côte d’Ivoire par exemple. Elles sont passées par le Maroc pour aller en Espagne. De l’Espagne, beaucoup d’entre eux sont allés en France où des personnes ou des amis les attendaient. Mais même en Espagne, il y a une baisse parce qu’il y a un blocage. C’est seulement les Ivoiriens qui arrivent par la Tunisie. Tous les autres sont bloqués en Lybie. Ils sont dans les centres de détention, victimes de torture, de violence et de violations graves et terribles des droits humains plus que par le passé parce que maintenant il y a une guerre civile. On a mis un bouchon et les migrants souffrent partout. Pour le moment, il n’y a pas une route alternative vraiment forte. Il y a des moments où les flux migratoires s’arrêtent mais il y a toujours une route alternative qui va se créer. Seulement ce qui manque, c’est la possibilité de partir régulièrement. Ils vont trouver d’autres routes encore plus dangereuses, encore plus longues.

 

Une fois arrivées en Italie, qu’est-ce que les femmes font comme activité ? Les avez-vous suivies un peu ?

Carlotta : En générale, quand les Ivoiriennes arrivent, elles demandent l’asile, donc la protection internationale et elles sont reçues dans des structures spéciales d’accueil des refugiés. Une fois qu’elles ont fait ce parcours, elles quittent l’Italie pour d’autres pays en Europe.

 

Avez-vous des actions pour ces femmes en 2020 ?

Carlotta : L’OIM identifie les femmes qui ont été victimes de la traite, elles sont signalées au système de protection des victimes de la traite en Italie. On les insère dans les structures d’hébergement et d’accueil où elles sont protégées de sorte qu’elles puissent commencer un parcours d’intégration sociale et de recherche de travail. Le plus important est qu’elles soient protégées de façon à ce que les trafiquants ne les retrouvent plus.

 

Vous venez d’avoir des échanges avec des journalistes. Qu’attendez-vous des hommes des médias relativement à la migration irrégulière ?

Carlotta : Les rencontres avec des journalistes italiens et des pays africains sont des occasions très précieuses qu’il faut développer. Parce qu’en tant que journaliste, on a la responsabilité de raconter les faits, la vérité de façon objective, de sensibiliser les personnes qui veulent partir afin qu’elles soient conscientes des risques du parcours. C’est pour cela que ce type de rencontre est fondamental.

 

Interview réalisée à Rome en Italie

Par Alexis Tanoh