Bénin : Une alternance sans alternative
Le président Patrice Talon a, à 67 ans, pris sa retraite. Après deux mandats présidentiels (2016-2026), il passe le témoin à son successeur.
A l'instar de ses prédécesseurs depuis Nicephore Soglo et dans une Afrique gagnée par la longévité politique, il a refusé de s'accrocher au pouvoir. Et il sort par la grande porte.
Cependant, l'enfer est pavé de bonnes intentions. Et Talon, dans la vidéo ci-dessous, vendait la mèche de ses propres intrigues en préparation.
Ce magnat du coton au Bénin candidat à la succession de Thomas Boni Yayi, dont il avait financé la campagne électorale en 2006 avant des relations tumultueuses, avait d'abord promis de ne faire qu'un seul quinquennat. Parole en l'air.
Ensuite, dans un recul des libertés publiques, il a entrepris de confisquer le scrutin pour son second mandat, remporté avec 86% des voix. En 2021, les ténors de l'opposition dont le professeur Frédéric Joël Aïvo, ont été empêchés de concourir, pour certains contraints à l'exil ou incarcérés.
Le "golden boy" sera, enfin, un chef d'État omnipotent. Avant de partir, il a fait modifier la Constitution du pays. Ce n'est pas pour instaurer, comme sous nos cieux, une théâtrale nouvelle république pour en revendiquer le premier mandat, mais pour cadenasser le processus électoral au profit de Romuald Wadagni (49 ans), ministre de l'Économie et des Finances, son dauphin.
En effet, le principal parti d'opposition, "Les Démocrates" de Boni Yayi, a été écarté. Et ce fut un autre scrutin présidentiel très contrôlé et sans enjeu. La liste largement favorite du pouvoir (Romuald Wadagni-Mariam Chabi Talata) a obtenu 94% des suffrages exprimés face à celle d'une opposition modérée (Paul Hounkpè-Judicaël Hounwanou).
La présidentielle du 12 avril 2026 n'a donc pas joué le rôle d'une compétition démocratique, mais celui d'une légitimation et d'une pérennisation du pouvoir politique. Et le Bénin vit alors une alternance sans alternative.
Comme en Côte d'Ivoire, en Guinée, au Congo Brazzaville, en RCA, la simulacre d'élection présidentielle au pays de Béhanzin traduit nettement que le multipartisme apparaît sous son vrai jour en Afrique : un ajustement du parti unique avec des partis au pouvoir devenus des partis-États, qui contrôlent tout, réduisant leur opposition au silence et dévoyant le concept de démocratie, vidé de sa substance.
Et comme le disait Honoré de Balzac, "tout pouvoir est une conspiration permanente."
Une contribution de F. M. Bally





