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C’est un village qui se dit sacrifié. A l’entrée de Grand-Bassam, le paisible village de Modeste vit une tempête foncière sans précédent. La chefferie et les populations dénoncent une expropriation qu’elles jugent brutale et illégitime, orchestrée, selon elles, par le roi de Moossou, Nanan Assoumou Kangah, au profit d’un projet immobilier porté par une société italienne.

Habitations détruites, parcelles revendiquées, tensions exacerbées : la crise est montée d’un cran le samedi 14 février 2026. Toute la journée, villageois et acquéreurs ont battu le pavé sur la voie de Grand-Bassam jusqu’au siège de la commission foncière de Modeste, pour dire non à ce qu’ils qualifient de « confiscation organisée ».

Des décisions de justice ignorées ? Au cœur du bras de fer, la gestion du patrimoine foncier du village. Selon Joseph Gnohan, Vice-président de la commission foncière et principal animateur de la conférence de presse organisée après la marche, plusieurs décisions préfectorales et judiciaires auraient tranché en faveur de Modeste. Il rappelle que le roi de Moossou et deux de ses collaborateurs ont été condamnés par le Tribunal de première instance d’Abidjan, section de Grand-Bassam, pour faux et usage de faux (jugement n°261/16).

Des décisions confirmées en appel puis en cassation en 2020. « Malgré ces décisions, les tentatives d’appropriation continuent », déplore-t-il. Autre point d’achoppement : le lotissement dénommé « Cité Lagunaire », approuvé par arrêté ministériel signé le 10 novembre 2023 par Bruno Nabagné Koné en son temps ministre de tutelle, et publié au Journal officiel en juillet 2025. Selon la chefferie de Modeste, un sursis obtenu devant le Conseil d’Etat par le roi de Moossou serait fondé sur des titres fonciers « introuvables » après vérification à la Conservation foncière de Grand-Bassam.

« Aucune trace des titres évoqués n’a été retrouvée, ni même des personnes mentionnées dans la requête », soutient la commission foncière qui s’interroge sur les motivations de certaines décisions administratives. Les populations citent également le cas de la société immobilière Sidi, accusée de s’être approprié des terres appartenant à plusieurs familles, telles que Malaba, Avia, Ahou, Kablan, Akebo, Ehimans, Diouf, Adjobi, sans acte de vente ni convention formelle.

Des titres fonciers auraient été établis et des menaces de déguerpissement brandies, avec l’appui d’une décision du Conseil d’État, selon les villageois. Face à ce qu’ils qualifient d’«acte contre-nature » et de menace grave sur la cohésion sociale, les habitants de Modeste en appellent solennellement à l’arbitrage du président de la République, Alassane Ouattara. « Nous prenons à témoin l’opinion nationale et internationale. Nous demandons justice et protection à notre Président Ouattara », a déclaré la chefferie, la voix chargée d’émotion.

Les populations sollicitent également l’intervention du Premier ministre Beugré Mambé et du garde des Sceaux, ministre de la Justice afin d’éviter, disent-elles, une spoliation définitive de leurs terres ancestrales.

Au-delà des parcelles, c’est la stabilité sociale et l’autorité de la chose jugée qui sont en jeu dans cette affaire explosive aux portes de Grand-Bassam. Dans un contexte où la sécurisation foncière demeure un défi majeur en Côte d’Ivoire, le dossier Modeste pourrait rapidement devenir un test politique et institutionnel. Le village attend désormais un signal fort du sommet de l’État.

A.C.