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Le 15 janvier 2019, la Chambre de première instance I a rendu, à la majorité, sa

décision sur la suite des procédures dans l’affaire Gbagbo et Blé Goudé en prononçant l’acquittement des deux accusés et en ordonnant leur remise en liberté.

 

Je regrette vivement que cette décision mette en péril la quête de justice des Victimes autorisées à participer aux procédures devant la Cour pénale internationale.

 

Les Victimes expriment leur vive déception quant à la décision d’acquittement. Elles estiment en effet que les éléments de preuve présentés dans le dossier à ce jour justifient amplement la poursuite du procès. En ce sens, les Victimes partagent la position exprimée par Mme la Juge Herrera Carbuccia dans son opinion dissidente qui constate une erreur d’évaluation de la Majorité en ce qui concerne l’appréciation des éléments de preuve à ce stade de la procédure.

 

Les Victimes regrettent également que la Majorité n’ait rendu qu’un résumé très

succinct des motifs justifiant selon elle les acquittements. L’absence de raisonnement juridique rend vaine toute tentative visant à comprendre les raisons sous-tendant la décision. L’importance de la question et de l’enjeu exigeait au contraire une décision pleinement justifiée afin de respecter le droit des victimes de connaître la vérité sur les évènements qui les ont si fortement touchées. Tel que rappelé par Mme la Juge Herrera Carbuccia dans son opinion dissidente, le droit à un procès équitable et impartial est un pilier fondamental de la justice internationale et vaut non seulement pour les accusés, mais aussi pour les Victimes.

 

Les Victimes ont contribué à la procédure en acceptant de partager et d’expliquer leurs souffrances ainsi que de parler des nombreuses conséquences de ces crimes sur leur vie, leur famille et leur communauté. Leur longue quête de justice atteste de leur courage et de leur détermination inébranlables dans la lutte contre l’impunité. Elles ont participé au procès dans l’espoir qu’un tribunal impartial puisse un jour leur rendre justice. Cet espoir est aujourd’hui vain. Elles déplorent également qu’aucun mot n’ait été prononcé afin de rappeler leurs souffrances et comment les conséquences des crimes commis lors de la crise postélectorale demeurent présentes dans leur quotidien.

 

Toutefois, il est important de rappeler que cette décision n’est pas définitive. Les

Victimes demeurent convaincues que les preuves présentées par l’Accusation

montrent clairement qu’elles ont été ciblées en raison de leur nationalité, de leur

ethnie ou de leur affiliation politique (réelle ou supposée) et elles espèrent que la

suite de la procédure prenne dûment en compte leur quête de justice.

 

La Haye, 15 janvier 2019