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Ancien seigneur de guerre de l’ex-rébellion des Forces nouvelles, le colonel major Issiaka Ouattara dit Wattao est incontestablement l’un des acteurs majeurs de la crise politico-militaire en Côte d’Ivoire, de 2002 à 2011. « Mon grand » comme aimait l’appeler l’ancien chef de l’Etat Laurent Gbagbo, était parmi les commandants de zone (com’zone), celui qui était le plus modéré et qui avait un bon commerce avec le Woody et surtout avec l’ancien leader de la galaxie patriotique.

 

Rencontré au sortir de la crise post-électorale alors qu’il venait d’être nommé commandant adjoint de la garde républicaine, l’ancien com’zone a bien voulu partager quelques confidences sur Guillaume Soro, Blé Goudé et Laurent Gbagbo. Tout soldat qu’il était, l’homme révèle qu’il n’a jamais eu aussi peur de sa vie que lorsqu’en pleine crise post-électorale, en décembre 2010, Guillaume Soro lui demanda de l’accompagner au palais présidentiel pour rencontrer Laurent Gbagbo.

 

« Quand le chef (ndlr : Guillaume Soro) a émis l’idée d’aller parler à Gbagbo, nous le lui avons déconseillé. Un soir, il m’appelle pour l’accompagner alors que personne ne voulait y aller. Tout le monde avait peur. Il m’a dit que si personne ne voulait y aller, il irait seul. Je ne pouvais pas le laisser aller seul au palais, le livrer aux snippers cachés sur les immeubles du Plateau. J’ai donc décidé de l’accompagner. Mais avant, j’ai demandé à nos hommes de se positionner dans les endroits que j’ai identifiés. Je leur ai demandé d’intervenir en cas de coup de feu », raconte celui que Laurent Gbagbo appréciait beaucoup parmi les chefs rebelles.

 

Une fois au palais, Guillaume Soro apprenait au locataire des lieux qu’il avait effectivement perdu les élections et qu’il devrait reconnaître la victoire de son adversaire. Mais Wattao ne manqua pas de parler à son « ami ».

 

« Monsieur le président, je vous demande de laisser tomber. S’il y a la guerre, vous ne pouvez pas gagner ». Et à Laurent Gbagbo de répondre : « J’ai compris mon grand. Je vais consulter mes généraux avant de prendre une décision ». Il était environ 20 heures lorsque les deux visiteurs prenaient congé de leur hôte dans une atmosphère lourde, dans une commune de Plateau calme comme un cimetière mais surtout avec des coups d’œil furtifs en arrière, craignant d’être attaqués par les forces pro-Gbagbo.

 

Il est de notoriété qu’après les premières années de crise, Charles Blé Goudé avait réussi à entrer en contact avec le chef de guerre et à entretenir de bonnes relations avec Wattao. L’on se rappelle que le leader des jeunes patriotes avait dormi dans la chambre du rebelle lors de la cérémonie de la flamme de la paix, le 30 juillet 2007. On peut dire que leurs relations se sont renforcées et même consolidées au point où un soir de mars 2011, le ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo l’appela et lui fit cette proposition.

 

« Il y a trop de morts. Beaucoup de sang a coulé. Arrêtons le massacre et réglons le problème entre nous Ivoiriens. Je vais voir le président Gbagbo et le lui dire pour qu’on se rencontre pour mettre fin à la guerre ».

 

Ce que Wattao accepta sans hésiter et prit l’engagement de faire la même démarche vers son camp. « Quelques jours après, Blé Goudé m’appelle et me dit : J’ai été malmené par la première dame et ses hommes au palais. Je ne peux plus rien faire car dès aujourd’hui (ndlr : le même soir), je quitte la Côte d’Ivoire ». J’ai compris que la guerre était inévitable en ce moment car les pro-Gbagbo n’étaient pas prêts à laisser tomber », confie le commandant Issiaka Ouattara (ndlr : grade de l’époque).

 

La suite, tout le monde entier en est témoin. Après une crise militaro-politique post-électorale qui aura fait environ 3000 morts et de nombreux disparus, Laurent Gbagbo fût arrêté, le 11 avril 2011 dans son bunker de Cocody.

 

« Quand il a été envoyé au golf, la première personne que Laurent Gbagbo a cherché à voir, c’était moi », raconte le chef de guerre. « Mon grand, tu avais raison. Ce sont les généraux qui m’avaient trompé. Ils m’ont dit qu’avec 2 milliards de francs Cfa, ils pouvaient équiper l’armée et gagner le combat. C’est Simone (ndlr : son épouse) qui m’a mis dans tout ça. Je ne veux plus la voir », a martelé l’ancien président ivoirien, après sa chute, comme rapporté par son ami Wattao.

 

Né en 1967 à Bouna, celui qui eut en charge la garde républicaine après l’arrivée au pouvoir du président Alassane Ouattara et qui avait suivi une formation militaire au Maroc, s’était rendu aux Etats-Unis d’Amérique au début du mois de décembre dernier pour des soins auprès des siens. Il ne survivra pas au mal qui le rongeait.

A.K.