Lutte contre le coronavirus / L’Oms appelle les pays africains à s’approprier le vaccin

Alors que la course pour mettre au point un vaccin sûr et efficace est de plus en plus encourageante, une nouvelle analyse de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) montre que l’Afrique est loin d’être prête à ce qui sera la plus grande campagne de vaccination du continent.

 

L’ensemble des 47 pays de la région africaine de l’OMS a reçu l’Outil d'évaluation de l'état de préparation à l'introduction du vaccin contre la COVID-19 (VIRAT) de l’OMS, qui a été conçu pour être utilisé par les ministères de la Santé, avec le soutien de l’OMS et de l’UNICEF. Le document fournit une feuille de route pour que les pays planifient l’introduction du vaccin contre la COVID-19 et couvre dix secteurs clés : la planification et la coordination, les ressources et le financement, les régulations liées au vaccin, les services de livraison, la formation et la supervision, le suivi et l’évaluation, la logistique, la sécurité des vaccins et la surveillance, la communication et l’implication communautaire.

 

Quarante pays ont mis à jour cet outil et fourni des données à l’OMS. Une analyse montre que, en s’appuyant sur les rapports réalisés par les pays, la région africaine affiche un score moyen de 33 % de préparation pour le déploiement du vaccin contre la COVID-19, ce qui est sous le niveau de référence de 80 %.

 

« La plus grande campagne de vaccination dans l’histoire de l’Afrique est sur le point d’être lancée, et les gouvernements africains doivent urgemment intensifier leur préparation. La réussite de cette initiative sans précédent dépendra de la planification et de la préparation, et nous avons besoin d’un leadership actif et d’engagement aux plus hauts niveaux des gouvernements avec des plans de coordination nationale solides et complets, ainsi que des systèmes en place », a déclaré Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique. 

 

L’OMS, conjointement avec Gavi l’Alliance du vaccin, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies et d’autres partenaires, travaille à garantir l’accès équitable aux vaccins en Afrique à travers le mécanisme COVAX, qui est le pilier vaccin du dispositif de l’OMS pour accélérer l'accès aux outils de lutte contre la COVID-19 (accélérateur ACT). Quand les vaccins seront homologués et approuvés, COVAX travaillera à garantir que suffisamment de doses fournissent dans un premier temps une protection à 20 % de la population africaine.

 

Toutefois, l’analyse de l’OMS des données de l’état de préparation des pays montre que 49 % ont identifié les populations prioritaires pour la vaccination et ont des plans en place pour les atteindre. De plus, 44 % des pays ont des structures de coordination prêtes. Seulement 24 % disposent de plans adéquates pour les ressources et le financement, 17 % ont des outils de collection et de suivi de données en place et tout juste 12 % ont des plans pour communiquer avec les communautés afin de construire la confiance et susciter une demande de vaccination.

 

« Développer un vaccin sûr et efficace n’est que la première étape d’un déploiement réussi », a déclaré Dr Moeti. « Si les communautés ne sont pas associées et convaincues que le vaccin protègera leur santé, nous ferons peu de progrès. Il est essentiel que les pays s’adressent aux communautés et soient attentifs à leurs préoccupations et leur donnent voix au chapitre dans ce processus. »

 

L’OMS évalue le coût du déploiement du vaccin contre la COVID-19 sur le continent africain à l’intention des populations prioritaires à environ 5,7 milliards de dollars US. Ceci n’inclut pas des coûts supplémentaires de 15 % à 20 % pour le matériel d’injection et la livraison des vaccins, qui nécessitent des personnels de santé formés, une chaîne d’approvisionnement et la mobilisation des communautés. Ce montant est basé sur les estimations du mécanisme COVAX d’un prix moyen du vaccin de 10,55 dollars US par dose et que deux doses seront nécessaires.

 

L’OMS et ses partenaires ont récemment publié un document d’information sur la planification et le déploiement de la vaccination contre la COVID-19 à l’intention des gouvernements nationaux, avec pour objectif de les aider à concevoir des stratégies de déploiement, de mise en œuvre et de suivi de la vaccination contre la COVID-19 et d’une meilleure intégration de leurs stratégies et leurs financements pour en stimuler l’efficacité.

 

Dr Moeti s’exprimait aujourd’hui à l’occasion d’une conférence de presse virtuelle animée par le Groupe APO. Elle a été rejointe par le professeur Helen Rees, directrice exécutive du Wits Reproductive Health and HIV Institute de l'Université de Witwatersrand, présidente du Groupe de travail technique sur la vaccination dans la région africaine et présidente de l’Autorité de régulation sud-africaine des produits de santé.

 

Les autres intervenants étaient le professeur Pontiano Kaleebu, directeur de l’Institut ougandais de recherche sur les virus (UVRI) et MRC/UVRI et membre de l’unité de recherche de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres ; ainsi que le professeur Frederick N Were, spécialiste de médecine périnatale et natale à l’Université de Nairobi et directeur de recherche scientifique au Kenya Paediatric Research Consortium.

 

Source Oms