21022311525clito.png

En quoi consiste la chirurgie réparatrice de l’appareil génital des femmes ?

La chirurgie réparatrice de l’appareil génital des femmes qui ont été excisées consiste à repositionner le reste du clitoris. C’est-à-dire que le clitoris est un organe du sexe qui est long. Il fait environ 10 cm. Les exciseuses pendant leur opération vont amputer une infirme partie, entre demi et un centimètre. En plus, elles vont amputer les petites lèvres. Et la chirurgie consiste d’abord à enlever la cicatrice, à disséquer le reste du clitoris et à le repositionner. Donc c’est le même organe qui a été un peu endommagé pendant l’excision que nous repositionnons. On ne va pas chercher un autre organe quelque part pour venir ajouter à l’appareil génital de la femme.

 

Dans quel état d’esprit ces femmes sortent de cette opération assez particulière?

Ragaillardies. En tout cas, elles sortent de là plus rajeunies, plus joviales. On sent qu’elles ont franchi une autre étape de leur vie. La chirurgie réparatrice de l’appareil génital délivre les femmes excisées. Lorsqu’elle décide d’exprimer leurs sentiments, elles vont vous dire par exemple : « Je ne savais pas qu’on m’a fait tant de mal ». C’est la phrase qu’une de ces femmes m’a sortie récemment.  Et cette phrase revient le plus souvent dans les témoignages de ces femmes après leur opération. Elles disent que lorsqu’elles se regardent dans un miroir et qu’elles se rappellent leurs images avant l’opération, elles se rendent compte que beaucoup de choses leur manquaient.

 

Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des Mutilations génitales féminines (Mgf), le 6 février 2021, vous attiriez l’attention de l’opinion nationale et internationale sur la situation des femmes excisées. Quel est le message que vous voulez passer à travers votre démarche ?

Il était important pour moi de soulever cet aspect de la lutte contre les Mutilations génitales féminines parce que depuis que j’assiste aux différentes conférences, on n’en a jamais parlé. On parle de la lutte contre les Mgf mais il y a quand même près de 37 femmes sur 100 qui ont été mutilées. Qui souffrent dans leur chair. Et sur le plan psychologique, elles souffrent seules. On ne peut pas parler des organes génitaux en Afrique en les ignorant. Il y a des femmes qui ont perdu leur foyer à cause de l’excision. Il faut donc les prendre en charge. Et nous pensons pour cela qu’il faut une action concertée de tous les acteurs de la lutte à ce niveau. C’est pourquoi j’attire l’attention des différentes autorités pour qu’on n’oublie pas cette tranche de femmes déjà victimes de l’excision.  Il faut les prendre en compte dans la lutte. Il faut mettre aussi l’accent sur les femmes excisées.   

Propos recueillis par  A.A.