Pour se rendre à Sucaf 2, nous empruntons la route Korhogo-Komborodougou longue de près de 50 kilomètres. Une voie qui mène à l’aérodrome de la cité du Poro ; en plein chantier de bitumage : Travaux de terrassement et de reprofilage lourd ; des ouvriers au milieu d’engins lourds s’activent. Les gouards de poussière qui vous \"rougissent\" tout le corps en cette période de l’harmattan- vent sec et poussiéreux - qui balaie la région. Au bout d’une piste cahoteuse et harassante, Sucaf 2, dans l’air, l’odeur de la mélasse, versée sur la route principale d’entrée du complexe sucrier en guise de \"goudron\" pour atténuer les effluves de poussière, nous titille les narines. Là, comme un vaisseau fantôme, l’usine sucrière se dresse sur une vaste étendue. Des chargeuses de la canne à sucre sont disposées en travers des voies d’accès par les travailleurs afin de maintenir une sorte de \" blocus \".
Un tour dans la cité sucrière et vous vous rendez compte que les activités sont en berne, totalement paralysées. Sucaf 2 a les allures d’une cité \"morte\" . Une atmosphère morose y règne ; Plus rien ne se vend, plus rien ne s’achète. « Avant la grève, je pouvais vendre plusieurs paniers d’attiéké mais aujourd’hui à peine si j’écoule une moitié d’un panier », dit avec une mine défaite et résignée dame Abiba Ouattara. Non loin de son étal, la boutique aux rayons entièrement vides de Traoré Drissa. A la question de savoir pourquoi cette pénurie de stocks de marchandises, le jeune commerçant nous fait cette réponse : « Nous faisons du crédit aux agents sucriers et comme tout est à l’arrêt ; nous ne sommes pas rentrés en possession de notre argent ; ce qui, du coup, ne nous permet pas de passer d’autres commandes ». Kouakou Marina, visage poupin de jeunesse, est assoupie derrière le comptoir de la boulangerie de son père. Autre lieu et mêmes problèmes ; la mévente du pain et les difficultés d’approvisionnement.
Les près ou plus de 5 Mille agents - travailleurs permanents et saisonniers confondus- en blouse bleue de chauffe sont réunis à la place dite du parc Auto. Des slogans revendicatifs en bouche, les cris de colère fusent de partout…C’est la députée de la circonscription Tafiré-Badikaha -Gnédékaha- Bamba Sogona Arneault sanglée dans une tenue jaune poussin de pagne tissé à parements noirs horizontaux ; un mégaphone en main, joue les\" bons offices \". D’entrée, elle insiste sur le rôle primordial de l’industrie sucrière en terme de grande pourvoyeuse d’emplois dans les régions d’implantation avant d’en appeler au sens de responsabilité des grévistes. « Vous et moi, savons mieux que les propriétaires des usines, l‘importance économique et sociale que génèrent ces usines pour nos 3 régions –le Poro (Korhogo), le Tchologo(Ferké) et le Hambol (Katiola-Tafiré). C’est pourquoi, je voudrais vous exhorter à accepter le dialogue afin de trouver un dénouement heureux gagnant-gagnant ».
Une cellule de crise composée d’hommes et de femmes choisies par les grévistes à été mise sur pied pour entamer les négociations avec la direction sous la médiation de Bamba Sogona Arnault. Selon Kouadio Kouakou Barthelemy mécanicien et porte-parole des grévistes des usines 1 et 2 , il ne souhaite que l’amélioration de leur salaire et des conditions de travail et obtenir, entre autres, la restauration des anciens statuts salariaux et catégoriels du personnel avec une augmentation de 100 pour 100 ; une uniformisation des catégories pour les agents saisonniers exerçant aux mêmes postes que les agents permanents ainsi que le respect des principes d’embauche applicables à tous les secteurs d’activités sans aucune distinction. Toutes nos tentatives d’entrer en contact avec la direction sont restées vaines. Personne ne veut parler. C’est d’ailleurs, ce refus de communiquer, qui expliquerait le courroux et la position tranchée de certains agents. Un détachement de la gendarmerie nationale relevant de la région du Hambol est en faction et ce depuis le déclenchement de la grève pour assurer, selon eux, la sécurité des lieux et parer à toute éventualité. La grève, une des plus longues de l’histoire de l’industrie sucrière dans le nord du pays, est entrée dans sa 2ème semaine. S’agissant du bilan des évènements ; les chiffres sont divergents et empiriques et difficilement vérifiables. Ni la députée Bamba Sogona Arneault ni le détachement de la gendarmerie, sur place, n’ont voulu se prononcer. Cependant les grévistes soutiennent, mordicus, avoir des victimes dans leurs rangs.
Issa Pelemachion (IP) Korhogo