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Face aux violences verbales et physiques qui peuvent traverser la société ivoirienne, l’abbé Abékan, Secrétaire exécutif national de la sous-commission épiscopale Justice, Paix et Environnement, refuse l’indifférence. Dans une tribune au ton ferme et profondément chrétien, il appelle au respect de la dignité humaine, à l’humilité dans l’exercice de l’autorité et à la préservation de la paix.

« De quoi te mêles-tu, prêtre catholique ? » La question pourrait sembler légitime à celui qui voudrait cantonner le prêtre à la sacristie et aux célébrations liturgiques.

Mais, pour l’abbé Abékan, elle est mal posée.

Lorsque la vie humaine est bafouée ou menacée, explique-t-il, aucune différence de couleur de peau, de sexe, de race ou de religion ne devrait devenir une barrière à la solidarité. Défendre une personne menacée, c’est avant tout défendre la dignité de l’être humain.

« Au nom de la liberté, ai-je vraiment le droit de me réjouir de la mort d’un homme, fût-il mon pire bourreau ? », interroge le prêtre.

Une question qui renvoie directement à l’enseignement du Christ : « Priez pour vos ennemis et ceux qui vous persécutent », lance-t-il.

« Je condamne la violence, quelle qu’en soit la victime ».

L’abbé Abékan ne cache pas son indignation face à ce qu’il considère comme des manifestations de violence verbale et physique. Il condamne avec vigueur « le geste du prophète » auquel il fait référence, tout en refusant que la mort ou la souffrance d’un adversaire ne puisse devenir un motif de réjouissance.

Pour lui, le christianisme ne peut être réduit à une appartenance religieuse. Il impose une manière de regarder l’autre, y compris celui que l’on considère comme un ennemi.

L’exemple de Nelson Mandela est convoqué comme une invitation à retrouver le chemin du pardon et de la réconciliation.

« Ô Nelson Mandela, reviens nous enseigner l’amour de l’ennemi à la manière du Christ Jésus ! », lance-t-il.

L’autorité n’est pas la brutalité.

Dans cette tribune, le prêtre rappelle également que la Côte d’Ivoire est un État organisé autour de lois destinées à orienter et à protéger les citoyens.

« Nous ne sommes pas ici dans l’abbaye de Thélème. Nous ne sommes pas non plus dans une jungle où le loup mange facilement l’agneau », écrit-il.

L’image est forte : la société ne peut fonctionner selon la loi du plus fort. L’autorité, quelle qu’elle soit, doit rester au service de la justice et de la dignité humaine.

En référence à  Jésus qui, lors de la dernière Cène, s’est abaissé pour laver les pieds de ses disciples, l’abbé Abékan adresse une prière particulière à ceux qui exercent une responsabilité :

« Seigneur, reviens nous enseigner comment le Maître s’est abaissé pour laver les pieds de ses serviteurs. Oui, apprends-nous l’humilité dans notre rôle de personne en autorité » supplie t-il.

« Quelle Côte d’Ivoire voulons-nous laisser à la jeunesse ? » s'interroge t-il.

Le prêtre condamne également, avec la même fermeté, la brutalité avec laquelle, selon lui, un pasteur aurait été arrêté, ainsi que le saccage de son domicile.

Au-delà des personnes et des circonstances particulières, il veut surtout attirer l’attention sur une question essentielle: quel héritage la génération actuelle veut-elle laisser à la jeunesse ivoirienne ?

La Côte d’Ivoire indépendante a aujourd’hui 66 ans. Pour l’abbé Abékan, cet âge est celui de la maturité et de la sagesse, une étape où une nation réfléchit à ce qu’elle transmettra aux générations futures.

« Allons-nous lui laisser la violence verbale ou physique ? », demande-t-il.

« Évitons les bombes à retardement ».

L’appel du prêtre est donc sans ambiguïté. Il invite les responsables politiques, religieux, sociaux et tous les citoyens à éviter les paroles et les comportements susceptibles d’attiser les tensions.

« Évitons ces façons de dire au nom du Christ. Évitons ces façons de faire au nom de la loi. Ce sont des bombes à retardement », avertit-il.

Pour lui, la paix ne se construit ni, par les insultes, ni par l’humiliation, ni par la brutalité. Elle exige de chacun responsabilité, maîtrise de soi, respect de l’autre et recherche de la vérité.

L’abbé Abékan rêve ainsi d’une Côte d’Ivoire où l’autorité ne s’exerce pas par la peur, où la liberté ne devient pas un prétexte à la violence et où la justice ne se confond pas avec la vengeance.

Il conclut son message par une parole biblique qui résonne comme un véritable projet de société :

« Mon beau pays, la Côte d’Ivoire, veut être un pays où amour et vérité se rencontrent, où justice et paix s’embrassent ! ».

Un appel qui dépasse les clivages religieux et politiques : celui de construire une société où la dignité humaine demeure sacrée et où personne ne se réjouit de la souffrance ou de la mort de son prochain.

Rémy Montini Dago