Côte d’Ivoire / Orpaillage artisanal : Sangafowa-Coulibaly présente la stratégie ivoirienne à la Banque mondiale
Invité au siège de la Banque mondiale le 16 avril, en marge des réunions de printemps des institutions de Bretton Woods, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa- Coulibaly, a exposé sur l’approche structurée de la Côte d’Ivoire face à l’expansion rapide de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (Emape), devenue un enjeu de gouvernance mondiale.
Organisée sous l’égide du Extractives Global Programmatic Support, cette rencontre a réuni des représentants du G7, des pays producteurs et acheteurs d’or, ainsi que des acteurs privés et du World Gold Council. Au cœur des échanges, la montée des flux illicites d’or, dans un contexte de prix historiquement élevés et d’expansion du secteur artisanal dans plus de 80 pays.
Face à ses homologues et aux investisseurs, Mamadou Sangafowa-Coulibaly a présenté l’Emape non seulement comme un défi mais comme un levier stratégique de transformation économique. Son intervention s’inscrit dans une ambition plus large de faire de la Côte d’Ivoire un acteur de référence dans la gouvernance minière en Afrique, alors que le pays vise un statut de premier producteur d’or à l’horizon 2030.
En Afrique, près de 435 tonnes d’or échappent chaque année aux circuits formels, alimentant des flux financiers illicites et fragilisant les recettes publiques, a souligné le ministre. Une réalité que la Côte d’Ivoire illustre à grande échelle, avec 142 tonnes d’or sorties des circuits officiels et un manque à gagner estimé à 4 600 milliards FCFA. Le ministre Sangafowa a détaillé dans son exposé une stratégie en trois temps : encadrer, réprimer et formaliser, précisant que la Côte d’Ivoire a déjà engagé des actions significatives, avec entre autres, plus de 7 000 sites illégaux démantelés et la mise en œuvre du Code minier.
Sangafowa-Coulibaly a surtout mis en avant un changement de paradigme qui consiste à transformer l’orpaillage artisanal en un secteur structuré, générateur de valeur et d’emplois. Une vision qui repose sur une gouvernance renforcée, l’inclusion des communautés locales, la professionnalisation et l’optimisation de la chaîne de valeur tout en s’appuyant sur des leviers comme la formalisation des exploitants, la digitalisation du cadastre minier ou encore la création d’un comptoir national d’achat.
Le ministre Sangafowa a livré un diagnostic sans équivoque, indiquant que face à un marché profondément mondialisé, aucune stratégie strictement nationale ne peut suffire. « Les efforts initiés à l’échelle des États, voire régionale, ne seront pas suffisants pour contenir un phénomène aussi tentaculaire si des réponses fortes et coordonnées ne sont pas engagées au niveau mondial », a-t-il insisté, plaidant pour une traçabilité renforcée de la production aurifère mondiale afin d’éviter que l’or issu de circuits illégaux ne s’intègre aux chaînes formelles.
« Il faut éviter que l’or illégal continue d’alimenter la vulnérabilité de nos communautés », a-t-il poursuivi, appelant à s’inspirer du Processus de Kimberley pour structurer un mécanisme global de certification.
Malgré l’interdiction dans de nombreuses juridictions, le mercure et le cyanure continuent de circuler via des réseaux parallèles, a dénoncé le ministre. « Il est impératif d’instaurer une régulation stricte à l’échelle mondiale de ces produits chimiques », a-t-il alerté, soulignant leurs effets irréversibles sur les sols, les ressources en eau et la santé des populations.
La Côte d’Ivoire appelle, a-t-il précisé, a appelle à la mise en place d’un cadre international structuré associant États, institutions financières et acteurs privés, sous l’impulsion de la Banque mondiale.
F.K.





