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En moins de quinze ans, la Côte d’Ivoire est devenue l’un des moteurs aurifères les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest. Mais alors que la production nationale s’apprête à franchir un nouveau cap historique, une question cruciale demeure : comment faire pour que cette richesse profite réellement aux entreprises locales ?

Une croissance spectaculaire sous pavillon étranger

Le secteur affiche une santé insolente. Portée par l'ouverture constante de nouvelles mines, la production ivoirienne est passée de 13,2 tonnes en 2012 à 51 tonnes en 2023. Elle devrait atteindre 62 tonnes cette année (2026), contre 59,33 tonnes en 2025.

Toutefois, cette manne reste majoritairement contrôlée par des géants venus du Canada, de Chine ou d'Australie (Perseus, Endeavour, Montage Gold, Zhaojin). Dans ce paysage, la reprise de la mine de Tongon par l'Ivoirien Koné Dossongui (Atlantic Group) fait figure d'exception.

Emploi au top, sous-traitance au ralenti

Si les retombées fiscales sont au rendez-vous, c’est sur le terrain de l’emploi que le bilan est le plus flatteur : les Ivoiriens occupent 94 % des postes dans les mines, y compris à des niveaux de direction.

Le bât blesse en revanche du côté de la sous-traitance et des achats. Certes, les compagnies minières déclarent réaliser entre 67 % et 78 % de leurs dépenses auprès de « fournisseurs locaux ». Mais ce chiffre est trompeur. Faute d'une définition légale stricte, ces "locaux" sont souvent des filiales de multinationales ou de simples intermédiaires, plutôt que des PME à capitaux ivoiriens. Plus grave encore, à peine 2 % de la valeur des achats bénéficie directement aux communautés vivant à proximité des sites miniers.

Le défi de la compétitivité

Le cadre légal ivoirien (l'article 131 du code minier) impose pourtant une préférence nationale. Mais la loi se heurte à la dure réalité du marché. Comme le rappelle l'expert minier Ahamadou Mohamed Maiga : « Les compagnies minières ne contractent pas avec les entreprises locales par altruisme, mais pour des raisons de performance, de rentabilité et d’efficacité. »

Pour capter les marchés les plus rémunérateurs, les PME ivoiriennes doivent surmonter de lourds handicaps chroniques :

Un accès restreint au crédit bancaire, des difficultés à fournir les garanties exigées, des délais de paiement trop longs qui asphyxient leur trésorerie, un manque de qualifications techniques sur les segments de pointe.

Vers un nouveau cadre réglementaire

Conscientes de ces failles, les autorités ivoiriennes ont accentué la concertation avec le patronat et les opérateurs miniers. L'objectif est double : durcir les règles du contenu local pour cibler la "propriété effective" des entreprises ivoiriennes, et mettre en place des mécanismes d'accompagnement financiers et techniques.

Pour la Côte d'Ivoire, l'enjeu n'est plus seulement d'extraire l'or de son sous-sol, mais de bâtir, enfin, de véritables champions industriels nationaux.

A.K.