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À l’occasion de la fête de l’Assomption, l’Église catholique célèbre Marie, la femme du « oui », celle qui, à l’Annonciation, a accueilli librement le projet de Dieu en disant : « Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38). Son consentement ouvre, dans l’histoire du salut, le chemin de l’Incarnation. Mais que nous enseigne aujourd’hui ce « oui » de Marie ? Et pourquoi continue-t-il de susciter admiration, mais aussi parfois incompréhension et même hostilité ?

Un « oui » qui ouvre la porte à l’Incarnation.

La Vierge Marie est la mère de Jésus. Elle le devient parce qu’elle accueille librement l’appel de Dieu transmis par l’ange Gabriel. Son consentement humble s’inscrit dans le projet divin du salut de l’humanité.

« Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole » : cette réponse de Marie n’est pas une simple formule pieuse. C’est un acte de foi, de confiance et d’abandon.

On peut alors poser une question volontairement provocatrice : et si Marie avait dit « non » ?

Nous ne pouvons évidemment pas savoir ce qu’aurait fait Dieu. Dans sa toute-puissance, Dieu n’est jamais prisonnier des choix humains. Mais l’Évangile nous révèle ce qu’a produit le « oui » de Marie : le Verbe s’est fait chair et le Fils de Dieu est entré dans notre histoire.

Le « oui » de Marie devient ainsi l’un des grands « oui » de l’histoire du salut.

Comment aimer le Fils et mépriser sa Mère ?

Jésus est aimé et honoré par des millions de chrétiens à travers le monde. Mais une question demeure : peut-on véritablement comprendre le Christ tout en méprisant celle qui est sa mère ?

Cette interrogation ne vise pas à opposer les chrétiens entre eux. Elle invite plutôt au respect du mystère chrétien et au dialogue entre croyants.

Jésus n’a jamais cessé d’être le Fils de Marie. Et Marie n’a jamais cessé d’être sa mère.

L’Évangile nous montre d’ailleurs le lien profond qui les unit. À Cana, Marie intervient auprès de son Fils et dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2,5).

Cette parole résume admirablement la mission de Marie : elle ne garde pas les regards tournés vers elle ; elle les conduit vers Jésus.

Marie ne prend pas la place du Christ

Une confusion persiste parfois autour de la dévotion mariale. Les catholiques n’adorent pas Marie. L’adoration appartient à Dieu seul.

Marie est vénérée et honorée comme la Mère du Seigneur, celle qui a accueilli Jésus, l’a porté dans ses entrailles, lui a donné naissance, l’a accompagné et est demeurée auprès de lui jusqu’au pied de la Croix.

Son Magnificat annonce d’ailleurs : « Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1,48).

Et Élisabeth, remplie de l’Esprit Saint, s’écrie : « Comment m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1,43).

Honorer Marie n’est donc pas diminuer Jésus. Au contraire, c’est reconnaître l’œuvre de Dieu dans la vie de celle qui a accepté de devenir la servante du Seigneur.

Le chapelet lui-même conduit à cette contemplation : à travers les mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux, le croyant contemple la vie du Christ avec Marie.

« Voici ta mère »

Au pied de la Croix, Jésus confie Marie au disciple bien-aimé : « Voici ta mère » (Jn 19,27).

Dans la tradition catholique, cette parole est également comprise comme un don de Marie aux disciples du Christ.

Celle qui a donné Jésus au monde devient ainsi, dans la foi de l’Église, une mère spirituelle pour les croyants.

Voilà pourquoi les catholiques se tournent vers elle dans leurs prières. Ils lui confient leurs familles, leurs enfants, leurs souffrances, leurs joies et leurs espérances, non pas comme à une divinité, mais comme à une mère qui intercède auprès de son Fils.

Les insultes ne changent pas le mystère.

Il arrive malheureusement que Marie fasse l’objet d'injures ou de propos offensants lorsqu'elle est assimilée à des réalités étrangères à la foi chrétienne.

Certains peuvent même la qualifier de « sorcière » ou de « sirène des eaux ».

De tels propos ne peuvent évidemment pas modifier ce que proclame l’Évangile.

Marie demeure celle que Jésus a choisie comme mère selon la chair. Elle demeure celle qui a porté le Sauveur dans son sein. Elle demeure celle qui, à Cana, invite les hommes à écouter son Fils.

Et elle demeure cette femme humble du Magnificat qui ne répond pas à l’insulte par l’insulte.

Le « oui » de Marie interpelle chacun de nous

 

La fête de l’Assomption ne célèbre donc pas seulement un privilège accordé à Marie. Elle propose aussi un modèle de vie chrétienne.

Marie a dit « oui » à Dieu. Mais ce « oui » ne s’est pas arrêté au jour de l’Annonciation.

Elle a continué à dire « oui » dans les moments de joie comme dans les moments d’épreuve : à Bethléem, lors de la fuite en Égypte, dans la vie cachée de Nazareth, à Cana et finalement au pied de la Croix.

Son « oui » fut le consentement d’une vie entière.

Et si nous disions, nous aussi, « oui » ?

À l’occasion de l’Assomption, les pèlerins qui se rassemblent dans les sanctuaires et les paroisses de Côte d’Ivoire ne viennent pas simplement accomplir une tradition.

Ils viennent honorer celle qui a dit « oui ».

Ils viennent confier leurs familles et leurs espérances.

Ils viennent demander son intercession.

Mais surtout, ils sont invités à entendre son message : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ».

C’est peut-être là le plus grand enseignement de Marie.

Elle ne nous dit pas : « Regardez-moi et arrêtez-vous à moi ».

Elle nous dit : « Regardez mon Fils. Écoutez-le. Faites ce qu’il vous dira ».

Le « oui » qui continue de changer des vies

Et si Marie avait dit « non » ? Nous ne connaîtrons jamais ce que Dieu aurait fait. Mais nous connaissons ce que son « oui » a produit dans l’histoire telle que l’Évangile nous la révèle.

Son « oui » a accueilli l’Incarnation.

Son « oui » a fait d’elle la Mère du Sauveur.

Son « oui » l’a conduite jusqu’à la Croix.

Et son « oui » demeure pour l’Église un témoignage de confiance absolue en Dieu.

À l’Assomption, les catholiques célèbrent donc une femme qui a accepté de collaborer librement avec Dieu, une femme dont toute l’existence a été orientée vers son Fils et que Dieu a élevée dans la gloire du ciel.

Marie n’est pas la fin du chemin. Elle est celle qui conduit au Christ.

En Côte d’Ivoire comme partout dans le monde, la fête de l’Assomption est ainsi une invitation à rendre grâce pour le « oui » de Marie, mais aussi à demander la grâce de savoir dire « oui » à Dieu lorsque sa volonté se présente à nous.

Car le monde a besoin de femmes et d’hommes capables, comme Marie, de répondre à Dieu avec foi, courage et confiance.

« Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole ». Que tout homme reconnaisse en elle la mère du Dieu Sauveur.

 

Rémy Montini Dago

Journaliste