La réduction du nombre de ministres, la valorisation des compétences et le renouvellement du leadership gouvernemental constituent des leviers essentiels pour améliorer l’efficacité de l’action publique et répondre davantage aux préoccupations des populations.
Pour une population d’environ 30 millions d’habitants, la Côte d’Ivoire gagnerait à se doter d’un gouvernement resserré, composé d’une vingtaine de ministres aux compétences avérées, capables de maîtriser les enjeux de leurs départements respectifs et de conduire efficacement les politiques publiques. L’objectif est de privilégier la performance, la bonne gouvernance et la prise en compte des préoccupations sociales des populations.
Il serait également souhaitable d’engager une réflexion sur l’institutionnalisation des principaux départements ministériels dans un cadre juridique approprié, afin de garantir une meilleure stabilité de l’architecture gouvernementale.
Une telle réforme permettrait de limiter la création de postes ministériels motivée essentiellement par des considérations de récompense politique ou par la volonté de satisfaire certaines personnalités issues de la formation politique au pouvoir.
En effet, la fonction ministérielle doit avant tout être considérée comme une responsabilité au service de l’État et des citoyens, et non comme une récompense politique.
Elle devrait constituer une consécration du mérite, de l’expérience professionnelle, des compétences managériales et de la capacité à produire des résultats concrets.
Dans cette perspective, le président de la République devrait pouvoir s’appuyer sur des Directeurs Généraux, des Directeurs de Cabinet ou d’autres personnalités expérimentées issues des secteurs public et privé, dont les compétences et les réalisations sont reconnues. L’appartenance ou non à une formation politique ne devrait pas constituer le principal critère de sélection.
La priorité doit être accordée à la compétence, à l’intégrité, au leadership et à l’aptitude à servir l’intérêt général.
Privilégier l’adéquation entre le profil et le portefeuille ministériel
Lors des nominations au gouvernement, au-delà du curriculum vitæ et de l’expérience professionnelle, il serait judicieux de tenir compte du secteur d’activité dans lequel la personnalité pressentie a acquis son expertise. Confier un département ministériel à une personne qui en maîtrise les réalités, les contraintes et les enjeux constitue un atout majeur pour la mise en œuvre des politiques publiques.
Or, il arrive que certaines personnalités soient nommées à la tête de départements dont elles connaissent insuffisamment le fonctionnement.
Cette inadéquation peut compliquer la définition des priorités, ralentir la prise de décision et limiter les résultats attendus.
De même, lorsque le choix des collaborateurs repose davantage sur des considérations politiques que sur des critères professionnels, la performance collective du ministère risque d’en pâtir.
Il importe donc de promouvoir un véritable équilibre entre les impératifs politiques et les exigences de compétence. Le choix des ministres, mais aussi celui de leurs collaborateurs, doit répondre à une logique de complémentarité des profils, d’efficacité administrative et d’obligation de résultats.
Renouveler le leadership pour insuffler une nouvelle dynamique
La longévité de certains ministres au sein du gouvernement peut, dans certaines circonstances, favoriser une forme de routine ou de confort administratif. Après plusieurs années à la tête d’un département, il devient parfois nécessaire d’insuffler une nouvelle vision, de renouveler les méthodes de travail et de redynamiser les équipes.
Le renouvellement de l’équipe gouvernementale ne doit donc pas être perçu uniquement comme un changement de personnes, mais comme une occasion de réévaluer les priorités, de renforcer les compétences et d’introduire de nouvelles approches de gestion.
Après cinq années de participation à l’action gouvernementale, un bilan rigoureux pourrait notamment permettre d’apprécier les résultats obtenus et de déterminer l’opportunité d’un renouvellement.
Il ne s’agit pas de remettre systématiquement en cause l’expérience des ministres en fonction, mais de rappeler que la responsabilité ministérielle n’est pas une carrière permanente. Contrairement à un parcours professionnel classique dans l’Administration Publique ou privée, elle implique une mission temporaire au service de la collectivité.
Comme le veut l’adage, chacun vient jouer sa partition avant de céder la place.
La capacité à transmettre son expérience et à laisser derrière soi des résultats durables constitue également une marque de leadership.
Pour un gouvernement plus cohérent et moins lourd
À l’approche d’un éventuel remaniement ministériel, le Président de la République, Alassane Ouattara, pourrait ainsi envisager une rationalisation de l’architecture gouvernementale autour d’une vingtaine de ministères, en privilégiant la cohérence des attributions, la complémentarité des compétences et la suppression des chevauchements administratifs.
La multiplication des départements ministériels aux missions similaires, parfois qualifiés de ministères « doublons » ou « bis », peut compliquer la coordination de l’action publique.
Elle est susceptible d’entraîner des lenteurs administratives, des chevauchements de compétences et des difficultés de lisibilité, tant pour les citoyens que pour les partenaires techniques et financiers internationaux.
La transformation de certaines Directions Générales en ministères mérite, elle aussi, d’être évaluée à l’aune des résultats obtenus.
Une modification de statut institutionnel ne garantit pas, à elle seule, une amélioration de la performance. Ce sont la pertinence des missions, la qualité du management et les résultats concrets qui doivent guider les choix organisationnels.
À cet égard, les observations de la Cour des comptes, notamment celles relatives aux neuf ministères dont la gestion des deniers publics aurait été saluée pour sa qualité et ses résultats, mériteraient d’être examinées avec attention. Elles pourraient contribuer à identifier les bonnes pratiques de gestion et les modèles de performance susceptibles d’être généralisés à l’ensemble de l’Administration.
La performance publique comme boussole
En définitive, un gouvernement resserré autour de vingt ministres pourrait constituer une option pertinente pour la Côte d’Ivoire, à condition que cette réforme s’accompagne d’une répartition cohérente des compétences, de moyens adaptés et d’une véritable culture de l’évaluation.
Un gouvernement moins nombreux, mais mieux structuré, pourrait favoriser une meilleure coordination des politiques publiques, une plus grande visibilité des ministres et une responsabilisation accrue de chaque département. L’enjeu n’est pas simplement de réduire le nombre de portefeuilles ministériels, mais de faire en sorte que chaque ministre apporte une valeur ajoutée mesurable au développement national et à l’amélioration des conditions de vie des citoyens.
La priorité doit être claire, moins de considérations liées aux récompenses politiques, davantage de compétences, de mérite, de responsabilité et de résultats. Car, au-delà de la composition du gouvernement, c’est la capacité de l’État à répondre concrètement aux attentes des populations qui doit demeurer le véritable critère de réussite.
Adou Évariste
Analyste politique