La question de l’éligibilité du président du PDCI-RDA, dont la justice ivoirienne est saisie depuis plusieurs mois, soulève une réflexion sur la nécessité de privilégier les mécanismes internes de règlement des différends au sein des formations politiques.
En effet, les partis politiques disposent généralement de statuts et de règlements intérieurs qui définissent les conditions d’éligibilité de leurs dirigeants, les modalités d’organisation des élections internes ainsi que les procédures de règlement des différends entre militants, cadres et sympathisants.
Dans cette perspective, le PDCI-RDA dispose de structures internes susceptibles de contribuer au règlement des contradictions politiques qui peuvent surgir en son sein.
Le comité des sages, notamment, rassemble des personnalités expérimentées qui pourraient être mises à contribution pour favoriser le dialogue, apaiser les tensions et rechercher des solutions consensuelles.
La justice ne devrait-elle pas être saisie en dernier recours ?
La justice ivoirienne a, certes, un rôle essentiel à jouer dans le respect de la légalité et la protection des droits des citoyens. Toutefois, le recours systématique aux tribunaux pour régler les différends liés à la gouvernance interne des partis politiques pourrait contribuer à judiciariser davantage la vie politique.
Lorsqu’une contestation porte sur la désignation d’un dirigeant, il importe d’examiner en priorité les dispositions statutaires et réglementaires de la formation politique concernée, ainsi que les décisions prises par les organes compétents.
Si le comité électoral chargé du processus a validé une candidature ou proclamé un résultat, cette décision doit être appréciée au regard des textes applicables et des éventuelles voies de recours prévues.
Il ne s’agit donc pas d’exclure l’intervention de la justice lorsqu’une irrégularité est alléguée, mais de rappeler que les mécanismes internes de médiation et de règlement des différends méritent d’être pleinement exploités, dans le respect du droit et des principes démocratiques.
Former les militants à la culture démocratique
Les partis politiques bénéficient d’un cadre légal qui organise leur fonctionnement et peuvent, sous certaines conditions, bénéficier d’un financement public.
À ce titre, ils ont également intérêt à renforcer la formation politique de leurs militants, notamment en matière de démocratie interne, de respect des textes, de dialogue et de gestion pacifique des divergences.
Le vieil adage selon lequel « le linge sale se lave en famille » trouve ici tout son sens, à condition que cette démarche ne serve ni à dissimuler des irrégularités ni à priver les militants de leur droit de saisir la justice.
À défaut de mécanismes internes crédibles, transparents et impartiaux, les conflits politiques pourraient se multiplier devant les juridictions, au risque d’accentuer les divisions et de fragiliser les formations concernées.
Privilégier le dialogue sans sacrifier le droit
Au-delà du cas du PDCI-RDA, cette situation interpelle l’ensemble des partis politiques ivoiriens.
Le respect des statuts, l’application des règlements intérieurs et le recours à des mécanismes impartiaux de médiation doivent constituer des réflexes essentiels dans la gestion des différends internes.
La démocratie ne se limite pas à la désignation des dirigeants par les militants.
Elle suppose également le respect des règles établies, l’acceptation des procédures de contestation et la capacité à résoudre les désaccords dans un esprit de responsabilité.
En définitive, les partis politiques gagneraient à renforcer leurs mécanismes internes de règlement des conflits, sans remettre en cause le droit fondamental de tout militant de saisir la justice lorsque les circonstances le justifient. C’est à cette condition que le dialogue politique pourra contribuer durablement à la cohésion des formations politiques et à la consolidation de la démocratie en Côte d’Ivoire.
Adou Évariste
Analyste politique