Côte d’Ivoire / Paix et réconciliation : Ce que la CDVR a recommandé sur le dialogue national

Le 14 décembre 2014, Charles Konan-Banny, président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR), a remis au chef de l'État Alassane Ouattara (photo d'illustration), un rapport de 125 pages, mis sous embargo durant presque sept (7) ans.

Cette structure a été créée au lendemain de la guerre civile post-électorale (décembre 2010 - avril 2011). Chargée d'œuvrer au rétablissement de la cohésion sociale, elle avait pour objectif d'aboutir à la réconciliation nationale.

Au moment où les "trois grands" se rencontrent séparément pour parler de paix (Ouattara et Bédié, le 11 novembre 2020, Bédié et Gbagbo, le 10 juillet, et Ouattara et Gbagbo, le 27 juillet 2021), alors que la polémique entoure le "dialogue inclusif" que même les puissances occidentales avaient proposé pour crever l'abcès de la présidentielle aussi controversée du 31 octobre 2020 marquée par des violences, il faut rappeler les propositions de sortie de crise de la CDVR, tombées hélas! aux oubliettes.

RECOMMANDATIONS politiques de la Commission

 

1. Journées de la mémoire et du pardon

À l'initiative du chef de l'État, seront organisées, durant une semaine, les journées dites de la mémoire et du pardon en vue de cicatriser les blessures de l'histoire de la Côte d'Ivoire moderne.

Au cours de ces journées, l'occasion sera donnée aux personnalités qui le souhaitent et sont conscientes d'avoir une part de responsabilité, même morale, dans la survenue des principales crises, de demander pardon à la nation.

 

2. Journées du dialogue

Le président de la République devrait inviter tous les leaders des formations politiques, les organisations de la société civile, les regroupements religieux et les chefs coutumiers à des journées du dialogue de type houphouétien. Chaque participant devrait librement prendre la parole.

 

3. Sur les mercenaires

Des mesures communes devraient être prises avec les chefs des États avec lesquels la Côte d'Ivoire partage des frontières en vue d'éradiquer définitivement le phénomène des mercenaires.

Les mercenaires n'alimenteront plus les guerres civiles où ils louent leurs bras quand ils ne disposeront plus de base arrière dans leur pays d'origine.

 

4. Sur les mesures de rémission en faveur des auteurs des violations

Dans un certain nombre de pays, comme l'Afrique du Sud, la réconciliation a été grandement favorisée par une loi d'amnistie prise au profit des auteurs de violations des droits humains qui accepteraient de reconnaître leur faute.

En Côte d'Ivoire même, l'amnistie a été accordée, dans le passé, à certains acteurs qui exercent aujourd'hui des charges politiques.

Sans aller jusqu'à proposer une amnistie générale pour tous les crimes, la CDVR recommande la rémission des fautes imprescriptibles commises notamment dans les contextes politiques conflictuels en vue de solder le passif de la crise.

Cette rémission pourrait prendre la forme de l'abandon des poursuites et de la levée du gel des avoirs. (Fin de citation)

 

C'est pourquoi, réagissant aux propos d'Adama Bictogo, directeur exécutif du RHDP, pour qui "nous n'avons pas besoin d'un dialogue national", après la rencontre Bédié - Gbagbo à Daoukro, Charles Konan-Banny est monté au créneau, le 14 juillet 2021.

"Gardons-nous de considérer la réconciliation comme un outil politicien et opportuniste. C'est un impératif catégorique national à inscrire désormais dans le temps long", a diagnostiqué l'ancien président de la CDVR.

F. M. Bally