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Abobo-Anador, mercredi 27 août 2026. Malgré les intempéries essuyées à l’abattoir de Port-Bouët, Sa Majesté l’Almamy Seydou Cissé, chef suprême de la Haute autorité traditionnelle coutumière des leaders d’Afrique (HATCLA-API), a ouvert sa cour et son cœur à la commune d’Abobo, ainsi qu’aux têtes couronnées membres du Conseil supérieur des chefs coutumiers de Côte d’Ivoire (CSCC-CI), à l'occasion de la célébration de l'Aïd-El-Kebir.

7h30. La pluie a cessé à l’aube, mais l’air reste lourd. Dans les ruelles d’Abobo-Anador, les « Allahu Akbar » claquent déjà. Aujourd’hui, c’est la Tabaski. Et comme chaque année, la grande cour de l’Almamy se transforme en mosquée à ciel ouvert, en cuisine collective, en salle de réunion populaire. Pas de tapis rouge. Pas de garde rapprochée. Juste des tapis posés à même le sol, des boubous blancs repassés la veille, des fillettes en robe pailletée et des anciens qui font tourner leur chapelet.

Un bon nombre d'invités est là : voisins, familles venues de l’intérieur du pays, chefs de quartier, jeunes d’Anonkoua-Kouté, fidèles venus de Yopougon et d’Adjamé.

« Ici, le chef ne prie pas au-dessus du peuple. Il prie avec le peuple », résume l’imam Seydou Cissé avant l’office. Bref, intense. Les « Amine » montent d’un seul bloc. Dans le silence qui suit, on sent le poids du sacrifice d’Abraham et la légèreté d’une communauté qui se retrouve. Le contexte aurait pu couper l’élan.

Tôt le matin, plusieurs béliers et un bœuf sont immolés dans les règles. La viande est découpée sur place et distribuée immédiatement. « La Tabaski n’a de sens que si ton voisin qui n’a rien mange aussi », confie l’Almamy, un sourire discret au coin des lèvres. Sacs de viande, riz, huile partent dans les cours voisines, portés par une équipe de jeunes bénévoles. L’Almamy appelle cela « la zakat vivante ».

Fidèle à ses principes, il refuse toute image des bénéficiaires : « L’objectif n’est pas la photo. C’est le geste ». Après la prière, la cour s’ouvre plus large. Les membres du CSCC-CI s’installent aux côtés de la jeunesse d’Abobo-Anador. Thé à la menthe, beignets chauds, odeur de mouton grillé. On parle politique, école, sécurité. On rit fort. La hiérarchie s’efface.

« Le chef traditionnel, c’est le ciment. Quand il rassemble, la commune respire », confie Ivonne Bathlemi, membre de l’Arche de la Paix Internationale (API) du Grand Abidjan. Pour quelques heures, Abobo-Anador oublie ses immeubles qui poussent et ses tensions qui couvent. Le quartier redevient une grande famille. Interrogé brièvement avant de regagner sa demeure, l’Almamy Seydou Cissé reste sobre.

« La haute autorité traditionnelle ne vaut que par ce qu’elle donne. La Tabaski me rappelle chaque année que mon rôle, c’est de garder le lien. Entre Dieu et les hommes. Entre les riches et les pauvres. Entre les jeunes et les anciens ».

A 14 h, la cour se vide lentement. Il reste l’odeur du grillé, des éclats de voix, et cette impression qu’à Anador, la fête ne s’arrête pas au portail. La Tabaski est passée. Le partage, lui, reste. Reconnu comme chef suprême de la haute autorité traditionnelle, l’Almamy Seydou Cissé est un médiateur social et un gardien des valeurs islamiques et coutumières. Il préside régulièrement des conseils de sages et mène des actions de solidarité dans la commune.

A.C.