Longtemps acteur sur la scène politique ivoirienne, Ghislain Bonan Mahan entend faire entendre sa voix et inscrire son engagement dans le débat d’idées. À la tête de l'Assemblée des naturalistes pour la clarification (ANC), il affiche ses ambitions, défend une conception de la politique fondée sur les propositions et appelle à davantage de transparence dans la gestion des affaires publiques. Des élections locales à la magistrature suprême, en passant par le financement des partis politiques et l’exercice de la démocratie, il livre sa vision et précise les contours de son engagement. 

 

 

Vous affirmez ne pas avoir peur des questions. Est-ce une manière de répondre à ceux qui pourraient douter de votre parcours, de vos choix ou de vos ambitions politiques ?

En politique, il faut être capable d’affronter les interrogations, y compris celles qui dérangent. Je suis disposé à échanger avec les citoyens, à écouter leurs préoccupations et à expliquer mes positions. Si des failles apparaissent dans mes propositions, il est normal qu’elles soient relevées, discutées et, si nécessaire, corrigées. C’est aussi cela, la démocratie…

 

Vous semblez faire du débat contradictoire un principe essentiel. Quelle est, au fond, votre conception de la politique ?

Pour moi, la politique ne doit pas se résumer aux affrontements, aux attaques personnelles ou aux querelles entre acteurs. Elle doit être avant tout une compétition d’idées, de projets et de propositions. Nous devons pouvoir nous asseoir, examiner les difficultés auxquelles nos populations sont confrontées et rechercher ensemble des solutions concrètes. Avoir des moyens ou des ressources ne suffit pas. Encore faut-il savoir les utiliser intelligemment, dans l’intérêt général. La politique doit servir à améliorer les conditions de vie des citoyens, et non devenir une fin en soi. C’est cette conception que je souhaite défendre au niveau de l'Assemblée des naturalistes pour la clarification (ANC).

 

De la mairie à l’Assemblée nationale, jusqu’à la présidence de la République, vous affichez des ambitions qui ne passent pas inaperçues. N’est-ce pas voir grand ?

Il faut savoir se préparer et avoir une vision. Je suis prêt, sur les plans psychologique et politique, à m’engager davantage dans la gestion des affaires publiques. Les élections municipales et législatives font partie des perspectives que j’envisage, et je ne cache pas mon ambition de diriger un jour la Côte d’Ivoire. Je ne dis pas que je suis riche, pas plus que je ne prétends être pauvre. Je suis un homme qui réfléchit, qui porte des idées et qui travaille avec une équipe. En politique, il faut savoir préparer ses actions et choisir le bon moment. Il y a le temps de la politique, mais aussi la politique du temps. Pour moi, le moment est venu de faire entendre notre voix et de proposer une autre vision…

 

Justement, quelle est cette autre vision que vous souhaitez porter pour la Côte d’Ivoire ?

Je veux contribuer à une véritable transformation, en proposant une autre manière d’aborder les problèmes et de conduire l’action publique. Mon ambition est de faire émerger des solutions nouvelles, adaptées aux réalités de nos populations. Il faut notamment accorder une attention plus soutenue aux localités de l’intérieur du pays. Les préoccupations des citoyens qui vivent loin d’Abidjan doivent être prises en compte avec la même considération. Le développement ne doit pas être une réalité pour certains et une promesse lointaine pour d’autres. Je ne viens pas en politique simplement pour en tirer profit. Je viens avec des idées, une volonté d’agir et l’ambition de contribuer au progrès de notre pays. C’est sur la pertinence de nos propositions et sur notre capacité à répondre aux attentes des populations que nous devons être jugés.

 

À la tête de l’ANC, vous avez aussi la responsabilité de fédérer des militants et des sympathisants autour de votre vision. Quel rôle leur accordez-vous dans cette dynamique ?

Un parti politique ne peut pas se résumer à son président ou à quelques responsables. Il repose également sur les femmes et les hommes qui s’engagent, qui partagent des idées et qui acceptent de consacrer du temps à un projet collectif. Les militants et les sympathisants occupent donc une place importante dans la vie d’une formation politique. À l’ANC, notre ambition est de faire vivre le débat, de permettre à chacun d’apporter sa contribution et de construire progressivement une dynamique autour de nos propositions. Nous avons besoin de personnes capables de réfléchir, de dialoguer et de porter nos idées auprès des populations. Le président donne une orientation, mais la force d’un parti dépend aussi de l’engagement de ses membres, de leur sens des responsabilités et de leur capacité à travailler ensemble. Je souhaite que notre formation soit un cadre d’expression, de rassemblement et de réflexion sur les grandes questions nationales.

 

Le financement des partis politiques reste un sujet sensible. Comment distinguez-vous le soutien politique légitime des pratiques susceptibles de relever de la corruption ?

Le financement des partis politiques est une question fondamentale, car il touche à la transparence et à la crédibilité de la vie publique. Il faut distinguer les mécanismes de financement conformes aux règles en vigueur des pratiques qui pourraient servir à influencer des décisions ou à obtenir des contreparties indues. Lorsqu’un soutien financier est accordé dans le but d’obtenir un avantage illégitime, la question de la corruption se pose. Il est donc essentiel que les ressources des formations politiques soient gérées dans la transparence et que les citoyens puissent comprendre les conditions dans lesquelles elles sont financées. La confiance du public se construit aussi à travers la clarté des pratiques. Les partis politiques doivent pouvoir expliquer leurs sources de financement et agir dans le respect des règles applicables.

 

Vous défendez la démocratie, tout en évoquant l’idée d’un parti unifié. Comment concilier le rassemblement politique avec le pluralisme et la liberté de parole ?

C’est une question importante. L’unité politique ne doit pas nécessairement signifier la disparition du débat ni l’effacement des différences. La démocratie repose sur la possibilité pour les opinions de s’exprimer, pour les propositions d’être discutées et pour les citoyens de comparer les orientations qui leur sont présentées. Le rassemblement peut être utile lorsqu’il permet de rapprocher les points de vue et de travailler autour d’objectifs communs. Mais il faut également préserver la liberté d’expression et le pluralisme. Nous devons réfléchir aux moyens de concilier ces exigences, sans considérer que les divergences sont forcément des obstacles.

 

Votre engagement suscite déjà des interrogations. Que répondez-vous à ceux qui vous observent avec scepticisme ou qui jugent votre ambition prématurée ?

Je leur demande de prendre le temps d’écouter nos propositions avant de se prononcer. J’ai lancé des appels et présenté des idées pour permettre à chacun de les examiner, de poser des questions et d’exprimer ses préoccupations. Je reste ouvert au débat. Je ne prétends pas être parfait, mais je suis convaincu que la politique doit être un espace de réflexion, de dialogue et de propositions au service des populations. On peut ne pas partager mes idées, mais je souhaite que nous puissions en discuter dans le respect mutuel. À l’ANC, nous voulons donner une place aux idées et encourager les citoyens à s’intéresser aux propositions qui leur sont soumises. L’engagement politique doit pouvoir être expliqué, questionné et confronté aux réalités du terrain.

Interview réalisée par 

Adama Coulibaly