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Face à la montée des départs clandestins vers l’Europe, les voix s’élèvent pour alerter la jeunesse ivoirienne sur les dangers d’une aventure souvent idéalisée mais rarement maîtrisée.

Dans une adresse, le Père Eric Norbert Abékan lance un appel pressant aux jeunes tentés par l’immigration irrégulière. Loin des images qui séduisent véhiculées sur les réseaux sociaux, la réalité est tout autre : souffrance, exploitation, précarité et parfois mort.

« Aujourd’hui, il ne s’agit pas de faire rêver mais de dire la vérité », souligne le prêtre, qui rapporte le témoignage poignant d’une jeune femme rencontrée à Paris.

Professionnellement établie en Côte d’Ivoire, cette dernière avait pourtant décidé de tout abandonner dans l’espoir d’une vie meilleure en Europe. Elle laisse derrière elle son enfant, sa famille et sa stabilité, pour s’engager dans une aventure incertaine.

Son parcours la conduit d’abord dans un pays du Maghreb où elle est confrontée à des conditions de vie éprouvantes. Dépouillée de ses économies par des réseaux de passeurs, elle est contrainte de travailler comme gardienne d’enfants pour survivre.

Pendant quatre années, elle a enduré sacrifices et privations afin de réunir les moyens nécessaires pour tenter la traversée de la mer Méditerranée, une étape périlleuse qu’elle n’oubliera jamais.

« Nous étions perdus dans la nuit, sur une mer agitée. L’embarcation prenait l’eau. J’ai cru que j’allais mourir », confie-t-elle.

Secourue in extremis par les garde-côtes italiens, elle atteint finalement les côtes européennes. Mais l’espoir laisse rapidement place à la désillusion.

Aujourd’hui en France, elle vit sans papiers, sans emploi et sans domicile fixe, une réalité qui contraste violemment avec la stabilité dont elle a bénéficié dans son pays d’origine.

« J’avais tout chez moi. Ici, je n’ai plus rien », regrette-t-elle, en évoquant une perte progressive de repères, de dignité et d’espoir.

A travers ce témoignage, le Père Eric Norbert Abékan est clair : « réfléchir avant de partir. A quoi sert la richesse si elle s’obtient au prix de la vie ? A quoi sert un rêve qui conduit à la souffrance et à la perte de dignité ? », s'est-il interrogé.

Dans un contexte où les drames liés à la migration clandestine continuent de faire des victimes en mer et dans le désert, les familles, les éducateurs et les responsables religieux sont appelés à intensifier les actions de sensibilisation. « La réussite ne se construit ni dans la fuite ni dans l’illusion mais dans le travail, la persévérance et les valeurs humaines », a-t-il insisté.

Plus qu’un avertissement, cet appel se veut une interpellation profonde : « choisir la vie, préserver sa dignité et croire en la possibilité de réussir chez soi », a-t-il exhorté.

Rémy Montini Dago