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Marqué par l’appel à la conversion et à la vérité intérieure, l’Abbé Norbert Eric Abékan interpelle les consciences sur un mal discret mais redoutable : la peur du regard des autres.

« Combien de fois la peur m’a empêché d’essayer ? Combien de fois la peur m’a empêché de recommencer ? », interroge-t-il d’entrée. Une question simple mais qui touche au cœur de nombreuses vocations étouffées, d’engagements différés et de talents inexprimés.

 

Une peur qui paralyse les engagements

 

Dans une réflexion spirituelle, le Père Norbert Abékan décrit une expérience concrète vécue par de nombreux fidèles. Chaque année, à la rentrée pastorale, certains prennent la résolution de s’inscrire dans le groupe des lecteurs et lectrices. Pourtant, au moment de proclamer la parole de Dieu, face aux regards tournés vers l’ambon, la panique surgit.

« La peur me prend et m’empêche d’essayer, de m’engager. Ainsi, la peur me paralyse. La peur m’inhibe », confie-t-il avec franchise.

 

Une réalité qui traverse toute la société

 

La peur du regard des autres est devenue un frein silencieux : elle traverse les familles, les communautés et les milieux socio-professionnels, poussant bien des consciences à se taire là où la vérité devrait être dite.

Pour l’abbé Abékan, cette peur n’est pas anodine. Elle agit comme une force invisible qui freine l’audace, altère la vérité et pousse parfois à la compromission.

Il évoque notamment l’attitude de Ponce Pilate face au sort de Jesus Christ. Plutôt que de défendre l’innocent condamné, Pilate choisit de se laver les mains, un geste devenu symbole universel de démission morale et de refus d’assumer la vérité lorsque la justice l’exige.

Le Père Abékan rappelle également l’épisode du reniement de Saint Pierre qui, sous la pression et la peur, affirme ne pas connaître son maître. De même, les apôtres prirent la fuite au moment de l’épreuve.

A travers ces références bibliques, le Père Norbert Éric Abékan établit un parallèle entre les faiblesses des premiers disciples et les luttes intérieures contemporaines.

« La peur me pousse à mentir. La peur me pousse à trahir. La peur me pousse à faire souffrir, à détruire et à faire mourir », écrit-il avec lucidité.

 

Le Carême, un chemin de libération intérieure

 

Pour le Père Abékan, cette réflexion ne se limite pas à un constat pessimiste. Elle s’inscrit dans la dynamique spirituelle du Carême : reconnaître ses entraves pour mieux s’en libérer.

« Seigneur, tu le vois, je suis bloqué. Viens me libérer de la peur ! », implore-t-il dans une prière qui résonne comme un appel à la confiance.

Pour lui, le véritable combat n’est pas extérieur. Il se joue dans le cœur de l’homme, dans sa capacité à affronter le regard du monde, à accepter l’imperfection et à oser recommencer malgré les chutes.

« Aide-moi à oser affronter la peur de ce que le monde peut dire de moi quand je me trompe », prie-t-il encore.

Pendant ce temps favorable, période de pénitence et de renouveau spirituel, cette réflexion apparaît comme une invitation à dépasser la paralysie du « qu’en-dira-t-on » pour entrer dans une véritable liberté intérieure. Car, au-delà de la peur, ce sont la foi et l’amour qui ouvrent le chemin du courage.

Un appel, en définitive, à ne plus se laver les mains face à l’injustice mais à s’engager avec vérité malgré le regard des autres.

Rémy Montini Dago