Capitales africaines surchargées : La Côte d’Ivoire face au défi du transfert effectif de sa capitale à Yamoussoukro
En mars 1983, la représentation nationale, notamment l’Assemblée Nationale, par la loi n°83-242 du 22 Mars 1983, a érigé Yamoussoukro en nouvelle capitale Politique et Administrative de la Côte d’Ivoire.
Le père de la Côte d’Ivoire moderne, le Président Félix Houphouët-Boigny, dans sa vision politique et futuriste, avait voulu décongestionner Abidjan et rapprocher le centre de décision politique et administratif afin de le rendre plus accessible à l’ensemble des populations issues des autres régions du pays.
A cet effet, le président Félix Houphouët-Boigny a doté la ville d’un Plan d’urbanisme où il a mis plusieurs hectares de terrain à la disposition de l’Etat, pour en faire une zone administrative et politique.
La zone administrative de Yamoussoukro, comme le Plateau d’Abidjan, est prévue, selon le Plan d’urbanisme, pour abriter les ministères, les institutions de la République, les chancelleries diplomatiques et les organisations internationales.
Aujourd’hui, Abidjan fait face à une démographie galopante. L'agglomération concentre à elle seule 21,5% de la population totale nationale et un peu plus de 36% de la population urbaine.
Malgré la multiplication des infrastructures économiques et sociales destinées à pallier les nombreux problèmes inhérents, notamment ceux liés à la mobilité urbaine, celles-ci restent insuffisantes au regard de la forte demande des populations et de l’étalement urbain incontrôlé.
A titre d’exemple, la commune de Bingerville connaît une surpopulation croissante, engendrant de sérieux problèmes d’accès à l’électricité et à l’eau potable.
Les nombreuses coupures d’électricité et le manque criant d’eau potable sont devenus récurrents.
Depuis l’avènement du président Alassane Ouattara à la tête de la République, d’importantes infrastructures socio-économiques ont été réalisées dans le Grand Abidjan afin de soulager les populations. Cependant, malgré les nombreux investissements réalisés et les nombreuses infrastructures sorties de terre, les attentes demeurent fortes, donnant parfois aux populations le sentiment que leurs préoccupations ne sont pas suffisamment prises en compte.
Sous la gouvernance du président Laurent Gbagbo, une structure dédiée au transfert effectif de la capitale avait été créée en 2002 par décret.
Il apparaît aujourd’hui nécessaire que le président Alassane Ouattara réactive cette structure dissoute en 2012, afin de relancer concrètement le processus de transfert de la capitale à Yamoussoukro.
De nombreux pays africains, confrontés à la saturation de leurs capitales historiques, ont engagé ou réalisé le déplacement de leur capitale politique.
Le Nigeria, l’Egypte, le Sénégal et plus récemment la Guinée équatoriale ont emprunté cette voie.
Il ne s’agit nullement d’un luxe mais bien d’une nécessité indispensable pour un développement équilibré du territoire, surtout dans un pays qui peine à booster ses pôles régionaux.
Dans ce vaste chantier, des conducteurs déjà éprouvés dans les pays ci-dessus cités, pourraient servir pour la réalisation des infrastructures nécessaires au transfert effectif de la capitale à Yamoussoukro.
Ce projet d’envergure général un véritable boom économique pour le pays, notamment par la création de nombreux emplois pour les jeunes dans le secteur du BTP.
Les régions du Bélier, du Haut-Sassandra, de la Marahoué, du Goh, du Gbêkê et du Hambol ne seront pas en marge des retombées positives.
De nombreux travailleurs pourront exercer à Yamoussoukro tout en résidant dans les localités environnantes, favorisant ainsi le développement du logement, la relance des acteurs du BTP.
Les infrastructures routières existantes, praticables et sécurisées, constituent déjà un atout majeur.
Ce plaidoyer pour la mise en œuvre effective du transfert de la capitale est urgent, indispensable et nécessaire pour les populations ivoiriennes.
Le président Félix Houphouët-Boigny déclarait : « Je trace les sillons du développement, il appartient à mes successeurs de les élargir ».
Le président Alassane Ouattara, disciple politique du Président Houphouët-Boigny, se doit de concrétiser l’un des vœux majeurs non réalisés de son mentor, en sa mémoire mais surtout pour le développement économique et social de la Côte d’Ivoire à l’horizon 2030 et au-delà, contribuant ainsi à la construction d’une Grande Côte d’Ivoire, comme il s’est engagé à réaliser.
A défaut du transfert effectif de la capitale malgré les nombreuses infrastructures socio-économiques réalisées, Abidjan et ses populations vont sans aucun doute être confrontées aux mêmes contraintes et difficultés qu’a connues le Nigeria, contraint de déplacer sa capitale pour répondre aux exigences du développement humain et économique.
Somme toute, il n’est pas dit que tous les problèmes liés à la croissance urbaine d’Abidjan vont être résolus avec le transfert effectif de la capitale mais comme le disait quelqu’un, vivre à Abuja n’est pas le même que vivre à Lagos, vivre à Brasilia n’est pas le même que vivre à Rio de Janeiro.
Plaidoyer adressé à Son Excellence Monsieur le Président de la République
Par Ange Djeni, Analyste politique, journaliste et jeune cadre de Yamoussoukro





