Côte d’Ivoire / 4 trafiquants d’animaux dont un ex-député interpellés avec 11 pointes d’ivoire

Quatre présumés trafiquants opérant dans le commerce illégal de l’ivoire ont été interpellés dans la commune de Marcory au moment où ils s’apprêtaient à écouler leur marchandise dans un hôtel.

La franche collaboration entre l’Unité de lutte contre la criminalité transnationale organisée (Uct), le ministère des Eaux et forêts et Eagle Côte d’Ivoire (Eagle-ci) a permis d’interpeller quatre présumés trafiquants, avec en leur possession, onze défenses d’ivoire pour un poids total de 37,6 kilogrammes. Les quatre personnes arrêtées en flagrant délit de détention et de commercialisation de pointes d’ivoire à Marcory, sont spécialisées en la matière. Elles ont été interpellées, le dimanche 31 octobre 2021 au moment où elles entendaient procéder à la vente desdits trophées de chasse. Les ivoires saisies proviendraient essentiellement du Burkina-Faso, pays voisin à la Côte d’Ivoire.

Un fait qui soulève la grande question de la porosité des frontières terrestres. C’est en début de matinée de ce dimanche que les hommes de l’Uct et ceux du Minef, avec l’appui technique de Eagle-ci, une ong spécialisée dans la lutte contre le trafic des espèces protégées, sont arrivés dans l’hôtel où s’étaient retranchés les trafiquants avec les ivoires.

L’assaut a été mené au moment où les trafiquants s’apprêtaient à écouler la marchandise. Au total, six personnes ont été arrêtées dans l’hôtel, à Marcory. Trois d’entre elles ont été interpellées dans une chambre avec en leur possession les pointes d’ivoire tandis que leurs complices, trois hommes parmi lesquels un ancien député, l’ont été au restaurant de l’hôtel et à la réception. L’opération d’arrestation a rapidement été perturbée par l’arrivée d’une bande armée de fusils d’assauts et vêtus de gilets par balle.

Ceux-ci sont arrivés sur les lieux et ont essayé d’empêcher l’Uct d’effectuer son travail. Ces hommes n’avaient ni ordre de mission, ni uniforme ou signe distinctif pour identifier leur corps. Ils ont affirmé appartenir à la Section enquête d’une force mixte de lutte contre la criminalité urbaine composée de policiers, de gendarmes, de militaires et de personnels civils. Ces derniers, ont dit être en train d’enquêter sur un supposé trafiquant d’ivoire qu’ils voulaient appréhender. L’Uct ne s’est pas laissé impressionner. Elle a mis quatre suspects dans son véhicule ainsi que les ivoires. Les deux autres suspects qui se sont identifiés comme des corps habillés n’ont pas pu être interpellés par l’Uct.  L’un a été interrogé et l’audition du second devrait suivre. La suite de l’enquête fera la lumière sur le rôle de ces hommes armés, leurs corps et leur identité afin d’appréhender le but de leur présence. 

En attendant, les présumés trafiquants ont étés conduits au siège de l’Uct à Abidjan pour être gardés à vue et subir un interrogatoire. Ils ont été par la suite déférés devant le tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau, pour trafic illicite d’ivoires puis placés sous mandat de dépôt. L’affaire a été placée en instruction. Les prochains jours, les suspects seront donc présentés au juge d’instruction pour être entendus dans le cadre des enquêtes. Si les présumés trafiquants sont reconnus coupables, ils risquent une peine de prison allant de trois à douze mois assortie d’une amende comprise entre 3000 à 300.000 Fcfa.

La loi faunique ivoirienne est loin d’être dissuasive alors que la situation des espèces protégées est de plus en plus alarmante, notamment celle des éléphants. Ils sont tués pour leurs ivoires. Pour le cas de ces interpellations, pas moins de six éléphants ont été tués pour avoir ces onze pointes d’ivoires. Le commerce international de l’ivoire est déclaré illégal depuis 1989 mais les populations d’éléphants d’Afrique continuent de décroître.

Chaque année, 20 000 à 30 000 éléphants sont tués pour leurs ivoires, selon le Fonds mondial pour la nature (Wwf). L’on ne compte plus que 415 000 pachydermes en Afrique contre 3 à 5 millions au début du siècle dernier. En Côte d’Ivoire, ce sont plus de 1139 qui ont été dénombrés dans 26 habitats selon les rapports réalisés entre 1987 et 2000. Aujourd’hui le nombre d’individu ne dépasse guère les 300 selon un rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature publié en 2016. 

Deux grands facteurs sont considérés comme étant la cause de cette baisse drastique de l’effectif des éléphants. Il s’agit d’une part de l’accroissement du trafic illégal d’animaux lié à la forte demande internationale de l’ivoire et d’autre part à l’exploitation abusive des ressources naturelles nécessaires aux éléphants du fait de l’agriculture industrielle et des occupations anarchiques de leur habitat.

Le commerce illégal de défenses d’éléphant est en constante augmentation et pèse trois milliards de dollars (soit près de 2000 milliards de franc Cfa) par an avec pour principal marché, l’Asie du Sud Est, avec notamment la Chine et le Vietnam comme principaux acheteurs.

Adama C