À travers une méditation intitulée « Mystères », l’abbé Norbert Éric Abékan rend hommage au Révérend Père Alfredo Sánchez, décédé après avoir été écrasé par une croix en pleine célébration eucharistique en Équateur. Il invite à la retenue face aux jugements hâtifs et aux moqueries, tout en rappelant l’impénétrable mystère des desseins de Dieu.
La mort du Révérend Père Alfredo Sánchez, prêtre de la paroisse Notre-Dame du Perpétuel Secours en Équateur, continue de susciter émotion et interrogations. Selon le récit évoqué par l’abbé Norbert Éric Abékan dans sa réflexion intitulée « Mystères », le prêtre a perdu la vie après avoir été écrasé par une croix alors qu’il célébrait l’Eucharistie. Un drame qui plonge le prêtre ivoirien dans une profonde perplexité et l’amène à méditer sur le sens de la mort, la foi et les limites de la compréhension humaine devant les épreuves.
« Oui, les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées ! Les chemins de Dieu ne sont pas nos chemins ! », dit-il. Ces paroles donnent le ton de sa méditation, marquée par la douleur, l’incompréhension et la confiance en Dieu malgré l’épreuve.
Pour l’abbé Norbert Éric Abékan, la mort du Père Alfredo Sánchez soulève une question fondamentale : comment comprendre qu’un prêtre puisse mourir dans de telles circonstances, alors qu’il célèbre le sacrifice du Christ sur l’autel ?
Dans une interpellation adressée à Notre-Dame du Perpétuel Secours, patronne de la paroisse du défunt, il exprime son incompréhension devant ce drame. « Pourquoi ? Tu ne t’es même pas rendue en hâte pour couvrir de ton manteau protecteur un de tes fils de prédilection », s'interroge t-il dans un élan de douleur et de prière.
Il s’interroge également sur la symbolique de la croix, instrument de la Passion du Christ et signe central de la foi chrétienne. Que comprendre lorsqu’elle devient, dans des circonstances tragiques, l’instrument de la mort d’un prêtre en pleine célébration eucharistique ?
Loin de prétendre apporter une réponse définitive à cette interrogation, sa réflexion conduit le monde au cœur du mystère de la souffrance humaine et de la foi en Dieu.
Au-delà de la douleur provoquée par cette disparition, l’abbé Abékan dénonce les réactions de ceux qui interprètent ce drame comme une punition divine.
Il rapporte les propos des personnes qui présentent le prêtre défunt comme un homme maudit, frappé par Dieu en raison d’une prétendue mauvaise conduite.
Face à ces commentaires, il choisit de ne pas céder à la colère ni de répondre à la méchanceté par la méchanceté. Il refuse surtout de participer à ce qu’il considère comme une dérive morale et spirituelle : transformer la mort d’un homme en occasion de condamnation publique.
Pour étayer sa méditation, il rappelle une parole biblique qui résonne particulièrement dans sa médiation : « Si l'on traite ainsi le bois vert, qu'en sera-t-il du bois sec ? ».
Cette référence renvoie aux paroles de Jésus rapportées dans l'Évangile selon saint Luc (23, 31), alors qu'il marche vers le lieu de sa crucifixion. L'abbé Abékan évoque également les moqueries des chefs, des soldats et de la foule au pied de la croix, établissant ainsi un parallèle entre la Passion du Christ et les réactions suscitées par la mort du prêtre équatorien.
Son message est sans équivoque : la souffrance et la mort d'une personne ne sauraient, à elles seules, justifier des conclusions sur sa relation avec Dieu ou sur son destin éternel.
La médiation de l'abbé Abékan prend une dimension particulière lorsqu'il rapproche la mort du Père Alfredo Sánchez du sacrifice du Christ célébré dans l'Eucharistie.
Le prêtre défunt aurait perdu la vie alors qu'il accomplissait son ministère sacerdotal, au moment même où il célébrait le mémorial de la mort et de la résurrection du Christ. Cette circonstance donne à l'événement une résonance spirituelle singulière, sans pour autant permettre d'en déduire une signification surnaturelle précise.
Dans la tradition chrétienne, la croix est avant tout le signe de l'amour du Christ, de son sacrifice et de l'espérance de la résurrection. Mais le drame évoqué rappelle aussi que la foi ne met pas l'être humain à l'abri des accidents ni des souffrances imprévisibles.
C'est précisément dans cet espace entre la foi professée et l'incompréhension humaine que se situe la méditation de l'abbé Abékan. Il ne prétend pas résoudre le mystère. Il choisit plutôt de se tenir devant lui dans le silence, la prière et l'espérance.
Enfin, l'abbé Norbert Éric Abékan exprime son souhait de voir son confrère accéder au repos éternel. « Mais je sais que Dieu t'attend pour le Festin éternel », dit-il, avant d'ajouter : « Va en paix et pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils disent ».
Cette formule, qui rappelle les paroles du Christ en croix, traduit à la fois sa compassion pour le défunt et son refus de condamner ceux qui se livrent aux moqueries.
L'abbé Éric, invite également chacun à prendre conscience de la fragilité de l'existence humaine. « Si chacun savait le chemin par lequel la mort viendra le chercher, il resterait en prière », souligne-t-il.
Cette pensée ramène chacun à une vérité essentielle : nul ne maîtrise l'heure ni les circonstances de sa mort. Dès lors, l'humilité, la prière et la charité devraient l'emporter sur les jugements précipités.
En conclusion, l'abbé Abékan confie le repos de l'âme du Père Alfredo Sánchez à la miséricorde divine et invoque une dernière fois Notre-Dame du Perpétuel Secours.
« Prie pour nous, maintenant et à l'heure de notre mort. Ne nous laisse pas dans les bras du doute », implore-t-il.
Par cette réflexion, le prêtre ivoirien livre moins une explication du drame qu'une méditation sur les limites de la compréhension humaine face à la mort. Sa médiation rappelle que, dans les moments où les réponses semblent manquer, la foi chrétienne appelle à la prière, à la compassion et au respect de la dignité du défunt.
Devant le mystère de la mort, le silence respectueux vaut parfois mieux que les condamnations, et l'espérance chrétienne demeure une invitation à confier à Dieu ce que l'intelligence humaine ne parvient pas à comprendre.
Rémy Montini Dago