Dans sa réflexion intitulée « La prise de conscience, un moteur », l’abbé Abékan invite chacun à regarder sa vie avec lucidité, à rompre avec les comportements qui l’éloignent de son équilibre et à assumer pleinement ses responsabilités. En Côte d’Ivoire, où les ravages de la drogue, de l’alcool, la pression du regard des autres et la multiplication des rassemblements de miracles interrogent la société, le prêtre présente la prise de conscience comme le point de départ d’un changement durable, fondé sur la maîtrise de soi, le pardon, la persévérance et l’acceptation des épreuves.

Le prêtre aborde plusieurs questions liées à la responsabilité individuelle, aux relations humaines et à la place de Dieu dans l’existence. Il développe sa réflexion autour de la nécessité de reconnaître ses limites, de réévaluer ses comportements et de prendre des décisions susceptibles d’améliorer sa vie.

 

Il attire d’abord l’attention sur les conséquences de la consommation de drogue et d’alcool. Dans un regard ivoirien qui est souvent marqué par la progression de certaines addictions chez les jeunes et par leurs effets sur les familles, il estime que la prise de conscience des risques liés à ces substances constitue une étape essentielle pour préserver sa santé et restaurer des relations apaisées.

Il établit ainsi un lien entre la préservation de la santé, la qualité des relations interpersonnelles et l’équilibre de la personne. Dans sa conception, cet équilibre concerne également la relation avec soi-même, l’environnement et Dieu, qu’il désigne comme le « Tout Autre ».

Le prêtre évoque par ailleurs la haine, la colère, la rancune et la jalousie, qu’il considère comme des facteurs susceptibles de détériorer les relations humaines et de compromettre la paix intérieure. Il invite à privilégier l’examen de conscience, le pardon, la maîtrise de soi et la fraternité, plutôt que les réactions dictées par la violence, la frustration ou les mauvaises fréquentations.

La confiance en soi constitue un autre axe de sa réflexion. Pour l’abbé Abékan, reconnaître sa propre valeur permet de relativiser les échecs et de ne pas les considérer comme une condamnation définitive.

Il invite également à prendre du recul face au regard des autres. Dans une société où l’apparence, la réussite sociale et l’opinion du voisinage pèsent souvent sur les choix individuels, il estime que le jugement d’autrui ne devrait pas constituer l’unique référence dans l’évaluation de sa propre valeur. Cette démarche peut aider à surmonter le sentiment d’infériorité, susceptible de freiner les initiatives et les projets personnels.

L’enjeu consiste alors à reconnaître ses limites sans s’y enfermer, à tirer les enseignements de ses erreurs et à poursuivre son chemin avec courage et détermination, sans céder aux pressions sociales ni aux comparaisons permanentes.

Sur le plan spirituel, l’abbé Abékan met en question une conception de la foi principalement orientée vers la recherche de miracles, au détriment de l’engagement personnel et du sacrifice.

Selon lui, la toute-puissance de Dieu ne dispense pas l’être humain de ses responsabilités. Le prêtre porte un regard critique sur certains rassemblements de prière et campagnes religieuses où, estime-t-il, les annonces de guérisons et de miracles occupent une place centrale, tandis que la croix du Christ, la conversion et l’effort personnel sont relégués au second plan.

Pour étayer son propos, il rappelle cette parole de Jésus-Christ : « Qui ne porte pas sa croix pour me suivre n’est pas digne de moi ».

A travers cette référence évangélique, il souligne que la foi chrétienne ne se limite pas à l’attente de solutions immédiates aux difficultés de l’existence. Elle implique également, dans sa perspective, la persévérance, la conversion du cœur, l’acceptation des épreuves et la fidélité au Christ. Les rassemblements de miracles, aussi nombreux soient-ils, ne sauraient donc remplacer la responsabilité personnelle ni le travail intérieur nécessaire à tout changement véritable.

A l’approche d’une nouvelle année pastorale et scolaire, le prêtre invite ses lecteurs à faire de la prise de conscience une occasion de réexaminer leurs comportements et d’envisager de nouvelles orientations. Son message s’adresse aussi bien aux jeunes qu’aux adultes et s’inscrit dans une réflexion plus large sur la responsabilité individuelle.

Il encourage chacun à identifier ce qui l’éloigne de ses valeurs, qu’il s’agisse de la drogue, de l’alcool, de la violence, de la rancune, de la recherche excessive de l’approbation sociale ou d’une foi réduite à l’attente de miracles. Il appelle également à discerner les choix favorables à l’épanouissement et à prendre les décisions nécessaires pour avancer.

Dans cette perspective, la prise de conscience ne saurait se limiter à une réflexion intellectuelle. Elle doit, selon l’auteur, se traduire par des actes concrets et une évolution des comportements.

L’abbé Abékan conclut sa réflexion sur la prise de conscience par une formule célèbre attribuée à François Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Cette référence résume le fil conducteur de sa réflexion : la connaissance et les convictions personnelles doivent s’accompagner de discernement et de responsabilité.

Prendre conscience, c’est examiner lucidement sa propre existence. Changer, c’est traduire cette réflexion en actes.

Rémy Montini Dago