Nous sommes le: 18/02/2020 et il est: 12:25

Migration irrégulière / « La perception en Europe est complètement toxique », affirme Flavio Di Giacomo, (Oim-Italie)

La perception du phénomène migratoire en Europe est complètement « toxique ». Cela a été révélé par les experts de la question au cours d’un séminaire de réseautage, d’échange et de dialogue à Rome.

 

Une quinzaine de journalistes de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Nigéria et de la Tunisie se retrouvent à Rome en Italie du 10 au 14 février à l’initiative de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et de l’Association Carta Di Roma, pour partager les informations et les bonnes pratiques sur la migration. Cette rencontre se situe dans le cadre de la campagne « Aware migrants », visant à sensibiliser les migrants potentiels aux dangereux périples à travers le désert et la méditerranée.

 

La narration « toxique » du phénomène de la migration

 

Les informations généralement véhiculées sur le flux migratoire sont loin de la réalité. Il y a parfois une exagération du phénomène par les politiques. Selon Flavio Di Giacomo, chargé des relations publiques à l’organisation internationale pour les migrations (Oim-Italie), « la narration politique veut qu’on arrête la migration ». C’est pourquoi, l’on ne parle que de ceux qui prennent la mer et le désert mais jamais des 5 millions de migrants qui vivent régulièrement en Italie par exemple. « La population italienne pense qu’il y a 30% d’immigrés en Italie. En réalité, il y a 7% d’immigrés. Donc il y a une perception complètement fausse de la réalité. La perception est complètement toxique. Malheureusement cette perception va avoir une influence sur les politiques migratoires et de l’Italie et de l’Europe. C’est la raison de la montée de la xénophobie ici en Italie et en Europe, une situation qu’il faut absolument combattre », a estimé l’expert. Pour lui, « on doit se baser sur les chiffres pour donner une vision correcte de la migration ». « La narration toxique c’est par exemple quand on dit qu’il y a invasion des migrants en Italie. Ce n’est pas vrai. Il n’y a pas d’invasion des migrants en Italie. Quand on fait le calcul des migrants qui sont arrivés par la mer de 2014 en 2017, la période où on a enregistré la plupart des arrivées, on a 600 mille personnes. Ce qui équivaut à 1% de la population italienne. Les médias jouent un rôle très important dans la narration toxique en disant qu’il y a invasion et que ces personnes vont déstabiliser les pays. Ce n’est pas le cas. Il faut travailler sur la conscience humaine. Quand on se connait, on n’a pas peur de l’autre », affirme Flavio Di Giacomo.

 

Le nombre des migrants connait une baisse

 

Selon les experts de l’Organisation internationale pour les migrations et de l’Association Carta Di Roma, le nombre des migrants connait une baisse, ces dernières années. De 53% en 2015, l’on est passé à 9% en 2019. « L’arrivée des migrants en Italie par la mer est en baisse », informe Flavio Di Giacomo. La raison est simple. « La plupart des migrants arrivent par la mer en passant par la Libye. Maintenant cette voie a été fermée par les autorités libyennes à cause de la crise. Depuis un ou deux ans, ce n’est plus facile de passer par la Libye. Il y a beaucoup de migrants qui ne peuvent plus partir et qui veulent rester pour travailler en Libye. Mais c’est difficile car ils sont victimes de violence et de violation des droits humains », renseigne le chargé des relations publiques de l’Oim-Italie. De plus, il y a les gardes côtes qui bloquent les personnes et les renvoient en Libye. « Au moins 13000 personnes ont été renvoyées en Libye par les gardes de côtes libyens en 2019. Il y a beaucoup de personnes qui sont envoyées dans des centres de détention, même des enfants. Dans ces centres de détention, il est très difficile de garantir le respect des droits humains. Même si les organisations internationales ont accès à ces centres, on ne peut rien y faire. Ces derniers temps avec la guerre civile, la situation des migrants est encore plus difficile. Il faut informer les personnes qui veulent aller en Europe en passant par la Libye que la situation est très grave là-bas », a-t-il conseillé. « En conséquence, informe Paola Barretta de l’Association Carta Di Roma, le nombre de mort a considérablement diminué. Il y a une crise humanitaire, une crise migratoire en Libye ».

 

De nombreux défis à relever

 

Plusieurs défis doivent être relevés par les acteurs de la lutte contre la migration irrégulière ainsi qu’ils ont été présentés par Souleymane Berté de l’Oim-Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire étant un pays d’accueil, de transit et de départ. La migration, selon lui, se féminise dans ce pays où 53% des migrants interrogés, affirment avoir dépensé au moins 500 mille francs Cfa pour l’aventure. D’autre part, l’expert informe que les routes migratoires changent le plus souvent. En outre, la libre circulation des personnes et des biens en Afrique en général et dans la sous-région en particulier, complique également et d’avantage le phénomène. Ainsi que l’accès difficile à l’information.

Alexis Tanoh, envoyé spécial à Romé (Italie)