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Côte d’Ivoire / Litige autour de l’espace de l’Abattoir Port-Bouët / Baba Coulibaly du district d’Abidjan clarifie tout

Depuis quelques jours, un litige oppose la mairie de Port-Bouët au District Autonome d’Abidjan sur le site de l’Abattoir. Baba Coulibaly, directeur de la communication du District explique tout. Le District est accusé d’empêcher la commune de Port-Bouët de mettre en œuvre son plan d’embellissement. Qu’en est-il ? Nous avons effectivement appris ces informations qui émanent des officines de la mairie de Port-Bouët. C’est simplement de la désinformation. Ce sont des accusations dénuées de tout fondement. Cette commune fait partie des 13 du District Autonome d’Abidjan qui sont membres à part entière du Conseil du District Autonome d’Abidjan. Donnez-moi une seule raison qui nous pousserait à agir ainsi. Aucune. Le District Autonome d’Abidjan entretient d’excellentes relations avec toutes les communes qui la composent. Notre mission est claire : apporter le développement aux populations. C’est ce à quoi le Conseil du District s’attèle au quotidien. Nous ne nous reconnaissons donc ni de près ni de loin dans ces accusations qui ont pour unique objectif de salir l’image de notre institution et son premier responsable. Qu’est-ce qui vous oppose donc ? Depuis 2012, le District Autonome d’Abidjan a engagé des travaux de rénovation et de construction qui prennent en compte non seulement l’intérieur du complexe de l’Abattoir mais aussi tout son périmètre. Nous avons quasiment achevé l’intérieur. Nous avons attaqué l’extérieur de l’abattoir. Le site de l'abattoir fait partie du patrimoine du District Autonome d'Abidjan. Lorsque les travaux ont démarré, nous avons été stoppés le 12 juillet 2019 par la mairie de Port-Bouët qui a aussi saisi tout notre matériel sous prétexte que nous n’avions pas le droit d’y effectuer des travaux. Nos agents ont même échappé de peu à un lynchage. Rien n'oppose la mairie de Port-Bouët au District Autonome d'Abidjan. De la Ville d'Abidjan, au District Autonome d'Abidjan en passant par le District d'Abidjan, les relations entre la mairie de Port-Bouët et le District Autonome d'Abidjan ont toujours été empreintes de courtoisie et de confiance mutuelle. Elles sont intelligentes, paisibles et même cordiales; nous voulons dire de toute la période des trente-six ans de gestion de la regrettée Hortense Aka-Anghui. D'où vient-il que ses successeurs soient animés de tant d'animosité et de violence verbale. Puisse l'esprit de paix de la première maire de Port-Bouët parler à leurs cœurs et les guider sur le bon chemin. Pourquoi selon vous, la mairie agirait-elle ainsi ? Seule la mairie pourra vous donner les motivations réelles de ses agissements. Nous avons entendu qu’elle comptait réaliser des travaux pour embellir l’entrée de la commune. Ce qui est salutaire. Mais c’est bien ce que le District Autonome d’Abidjan était en train de faire lorsque les services de la mairie de Port-Bouët sont venus arrêter les travaux. Les traces de ces travaux existent. Nous pensions que la mairie viendrait nous saluer pour notre action. La mairie choisit plutôt de nous brocarder. Où était cette mairie lorsque le District engageait les travaux d’aménagement de la place Akwaba ? Où était cette mairie lorsque le District recrutait des femmes pour entretenir ce site ? Où était la mairie lorsque le District déguerpissait un véreux opérateur qui tentait de prendre possession du bassin de retenue d’eau, exposant ainsi la population à toute sorte de risques? Nous sommes convaincus que l’objectif de la mairie est ailleurs : exproprier le District de ce bien qu’est la parcelle de l’abattoir. Ce qui est impossible. La mairie n’a-t-elle pas le droit de réaliser des travaux sur son site ? C’est évident que la mairie a le droit de réaliser tout ce qu’elle veut sur son site. Mais dans le cas d’espèce, ce site n’est pas sa propriété. A maintes reprises la mairie de Port-Bouët s’est prévalue de ce site. Mieux, elle tente même de nous déposséder de la gestion de l’abattoir, notre propre bien, sous le fallacieux prétexte que « le District en tant que tel n’a pas de territoire ». Nous sommes choqués par cette méconnaissance des textes. Si l’on s’en tient à ce raisonnement, l’Etat de Côte d’ivoire n’existerait donc pas. L’Etat de Côte d’ivoire étant l’ensemble des 201 communes, 31 Régions et 2 Districts. Venant d’une autorité municipale, nous trouvons cela ahurissant. Les textes sont pourtant clairs. Je voudrais rappeler à la mairie de Port-Bouët que la Côte d’Ivoire n’est pas née au lendemain de l’accession de l’actuelle équipe municipale à la tête de la commune en décembre 2018. Elle existe depuis plusieurs dizaines d’années et a un passé avec des actes de cession qui existent. A supposer même un seul instant que la parcelle appartienne à la mairie. En quoi son aménagement par le District est-il mauvais ? Au lieu de nous trainer dans la boue, je pense que les autorités municipales devaient être heureuses pour la simple raison que le budget qu’elles voudraient utiliser pour ce projet pourrait être réorienté ailleurs à supposer que la parcelle leur appartenait. Et que disent ces textes ? Sur la question de la territorialité, nous ramenons la mairie de Port-Bouët à la loi n°2014-453 du 5 août 2014 en son article 2 qui stipule clairement que « le District Autonome d’Abidjan regroupe les communes et les sous-préfectures du département d’Abidjan. Les limites territoriales du District Autonome d’Abidjan se confondent avec les limites du département d’Abidjan ». Ajoutons qu’il s’étend sur 2119 km2. Et l’argument de la commune selon lequel les équipements installés dans leur cité doivent être gérés par leurs soins ? Si nous nous en tenons à ce raisonnement, cela reviendrait à déduire que la mairie de Port-Bouët va bientôt dessaisir l’Etat central de la gestion des Ecoles, de la Police, de la gendarmerie, des hôpitaux, de la Gestoci, de la Sir … implantés sur le territoire communal. Soyons sérieux. Les parcelles de terrain abritant l’Abattoir de Port-Bouët sont bel et bien la propriété du District Autonome d’Abidjan. Ce droit de propriété ne souffre d’aucune contestation. Cette infrastructure a toujours été gérée depuis 1955 par les différentes institutions qui se sont succédé. Nous avons connu la commune d’Abidjan suivi de la ville d’Abidjan, le District d’Abidjan et aujourd’hui le District Autonome d’Abidjan. L’Etat colonial en créant la commune d’Abidjan, commune de plein exercice par la loi n°55-1489 du 18 novembre 1955 relative à la réorganisation municipale en A.O.F, lui a dévolu un patrimoine immobilier pour lui permettre d’accomplir ses missions de développement local (cf. délibération II-56 CP du 06 décembre 1956). L’Abattoir de Port-Bouët et les terrains environnants figurent au point V dans la liste des biens cédés à la commune d’Abidjan par délibération. Pour consolider la délibération, l’Etat a pris un acte de cession en faveur de la commune d’Abidjan (cf. acte de cession en date du 17 août 1964). La loi n°80-1182 du 17 octobre 1980 a créé la ville d’Abidjan en remplacement de la commune d’Abidjan. L’article premier de cette loi dispose que « la commune d’Abidjan est dotée d’un statut particulier et prend la dénomination de la ville ». Tout le patrimoine de la commune d’Abidjan est passé à la ville d’Abidjan. En 2001, la ville d’Abidjan est remplacée par le District d’Abidjan par l’effet de la loi n°2001-478 du 9 août 2001. L’article 121 de cette loi dispose que « le patrimoine et les biens domaniaux de la ville d’Abidjan sont transférés au District d’Abidjan. Le passif de la ville d’Abidjan est quant à lui dévolu à l’Etat ». Ainsi, tous les biens domaniaux de la ville d’Abidjan, y compris l’Abattoir et ses terrains environnants sont passés dans le patrimoine du District d’Abidjan devenu en 2014 District Autonome d’Abidjan par la loi n°2014-453 du 5 août 2014. En dépit de vos démonstrations, la mairie persiste à dire que cet espace n’est pas le vôtre ? Ce hold-up sur notre bien aura du mal à passer. Puisse qu’elle affirme que l’espace n’est pas le nôtre, nous serons heureux que ses services le démontrent en nous produisant son titre de propriété. Nous sommes très sereins sur cette question. Nous sommes en attente du titre de propriété de la mairie. Le District dans cette crise avec la mairie est accusé d’actes de violence. Pourquoi usez-vous de violence ? Là encore ces accusations relèvent de la pure fiction. Je vous mets au défi de nous le démontrer. Le ministre gouverneur Robert Beugré Mambé est bien connu en Côte d’Ivoire. Jamais il n’a fait preuve de violence dans ses propos ou ses actes. Il a toujours été un homme de conciliation, un homme pondéré, modéré et qui a le sens de la mesure. Le District Autonome d’Abidjan qu’il dirige dispose en plus de la police municipale (gardes assermentés), de sa brigade, d’un commissariat spécial de police. Nous disposons de plusieurs centaines d’agents en tenue. Nous n’avons donc pas besoin d’avoir recours à des loubards pour agir comme l’affirme la mairie. Ce sont nos éléments qui ont été dépêchés sur le site, lundi pour éviter les affrontements. Les assimiler à des loubards est inacceptable. Les véritables loubards armés de machette et de gourdins aperçus sur le site sont donc le fait de la mairie de Port-Bouët qui a toujours usé de violence, d’attaques verbales et physiques pour se faire entendre. Les faits existent. Quels sont ces faits ? Lorsque nous lancions dans cette zone, les travaux d’embellissement de l’entrée de l’Abattoir qui se trouve être aussi l’une des entrées de la commune, contre toute attente des agents de la mairie sont arrivés, ils ont arrêté les travaux et même violenté nos agents en juillet 2019. Le 25 avril 2019 à 11h 30 au cours d’une mission d’inspection, le directeur de l’abattoir a fait l’objet d’une agression physique par des agents de la mairie de Port-Bouët. N’eût été l’agilité et la flexibilité de ses jambes, le pire serait peut être arrivé. Une plainte a été déposée le même jour au commissariat du 5è arrondissement. Le 13 août 2019, à 14h 14 sur sa page facebook officielle, dans un post, le maire lui-même, s’est cru obligé de lancer des piques à l’endroit du District d’Abidjan. Ces piques ont été réitérés le 24 août par le maire lui-même à la faveur de la cérémonie d’installation de comité de gestion de quartier comme si le District d’Abidjan constituait le programme d’action pour lequel il a été élu. Le comble, c’est la diffusion sur la page Facebook « Port-Bouët ma commune » le 2 septembre 2019 à 12h 45 d’une vidéo d’un adjoint au maire qui injurie le ministre gouverneur et qui annonce des incidents. Nous comprenons aujourd’hui la source de toutes ces violences physiques perpétrées contre nos agents. D’ailleurs, nous profitons pour prendre à témoin l’opinion publique face à de tels propos et tenons pour responsable de toute cette escalade de violence, la mairie de Port-Bouët. Nous disons non à ces actes de terreur, assimilables à du terrorisme local. Longtemps face à ces attaques, nous avons observé le silence espérant que les responsables de la mairie reviendraient à la raison. Remarquez que même après la réunion avec la mairie, convoquée le mardi 3 septembre 2019, par le directeur de cabinet du gouverneur pour trouver un terrain d’entente, nos amis ont poursuivi leur campagne de dénigrement, nous contraignant à réagir aujourd’hui. Pourtant la rencontre s’est bien déroulée et les deux parties s’étaient engagées à trouver une solution, dans un délai d’un mois, au problème. Nous ne comprenons pas cette attitude de la mairie de Port-Bouët qui s’apparente fort bien à de la duplicité. Quelle suite à donner à cette affaire ? Nous exhortons la mairie de Port-Bouët à privilégier la voix du dialogue dans le règlement des problèmes et à mettre fin à toutes ces violences verbales et physiques. La violence appelle toujours la violence et le pays n’en a pas besoin. C’est du développement dont notre pays a besoin. Et nous ne pouvons construire que dans la paix et dans l'amour. La haine ne construit pas, elle divise, elle détruit. Nous souhaitons que la mairie de Port-Bouët fasse sienne les règles de bienséance, de courtoisie. Nous exigeons, pour terminer, que le maire Sylvestre Emmou fasse des excuses publiques à son aîné le ministre gouverneur Robert Beugré Mambé pour toutes ces attaques gratuites. Interview réalisée par A. K.