Nous sommes le: 21/09/2019 et il est: 12:34

Côte d’Ivoire / Après son retour d’exil, Michel Baroan (ex- Dg du Burida) « rassure qu’il circule librement dans son pays »

Michel Baroan, ex-Dg du Bureau ivoirien du droit d’auteur (Burida) et ex-président de l’Union internationale des réfugiés ivoiriens de France (Urif) est définitivement rentré au pays après 8 ans d’exil en France. Il parle sans fuyants des vraies raisons de son départ et de sa volonté manifeste à accompagner le processus de réconciliation nationale amorcée par les autorités en place.

 

Quelles sont les raisons qui vous ont poussées à revenir au pays ?

En 2011, bon nombre de cadres Ivoiriens comme moi, ont été victimes des effets collatéraux de la crise postélectorale. Et ce, pour avoir été assimilés à tort ou à raison d’appartenir au groupement politique proche de Laurent Gbagbo. Cet état de fait a été bien illustré par l’exode massif de nos concitoyens vers les pays limitrophes fuyant ainsi, les persécutions de tous ordres, les règlements de comptes. En ce qui me concerne, J’ai été suspendu abusivement de mon poste de directeur général du Burida en 2011 par voie de presse. Il est bon de préciser que cette suspension n’a pas été la conséquence logique des effets d’un audit, mais pour des raisons politiques dont le président du conseil d'administration d’alors, Gadji et moi ignorons jusqu’à ce jour. Je rentre définitivement dans mon pays, après huit ans d’exil aujourd’hui, non pas pour ressasser le passé encore moins pour jeter la pierre à qui que ce soit, mais pour me mettre à la disposition des autorités de mon pays. Si ma présence  en Côte d’Ivoire peut aider à décrisper l’atmosphère sociopolitique d’une part et d’autre part à rassurer et faciliter le retour massif de l’ensemble des exilés et refugiés ivoiriens vivants en France et en Europe dont j’ai été le Président.

Comment avez-vous été porté à la tête de l’URIF ?

L’Union Internationale des Réfugiés Ivoiriens en France et en Europe, a été portée sur les fonts baptismaux en 2013 avec la participation de l’ensemble des Ivoiriens déplacés de la crise postélectorale. C’est donc au cours de l’Assemblée générale  constitutive que le choix a été porté sur ma modeste personne à l’unanimité des membres présents, pour présider aux destinées de cette association dont le but était de promouvoir la solidarité entre ses membres, en facilitant leur insertion socioprofessionnelle dans leurs différents pays d’accueil.

Comment comptez-vous accompagner le processus de réconciliation ?

J’invite toute la classe politique ivoirienne à favoriser la voie du dialogue inclusif en incluant toutes les franges de la population ivoirienne, en encourageant toutes les initiatives allant dans le sens de celle-ci. J’encourage les efforts de paix et de réconciliation du président de la République Alassane Ouattara, ayant libéré les prisonniers politiques notamment l’ex-première Dame Simone Ehivet Gbagbo. Je souhaiterais que le Président de la République rencontre son frère le président Laurent Gbagbo  et son fils Charles Blé Goudé, pour qu’ils fument le calumet de la paix pour le bien-être et le bonheur des Ivoiriens.

Vous étiez en contact avec l’Ambassade de Côte d’Ivoire en France, ce qui fait dire à certains que vous avez été contraint de rentrer. Est-ce cela ?

Je n’ai pas été forcé à revenir dans mon pays, J’ai pris mes responsabilités. A un moment donné, il fallait que je rentre au pays. Chacun de nous a vécu des frustrations et autres différends. Mais je crois que pour la paix et la stabilité de notre pays, il faut tout transcender avec beaucoup d’humilité, nos différends pour donner une chance à la paix. Mon retour est le résultat d’un choix personnel.

Votre retour est aussi vu comme une trahison de la part de vos camarades qui refusent de revenir au pays…

Mon retour doit être vu comme un fait catalyseur de réconciliation et de paix. Et ce, en vue d’encourager tous les Ivoiriens exilés qui doutent encore de la sincérité des autorités ivoiriennes à regagner leur pays. Je tiens à les rassurer que je circule librement dans mon pays.   

Vous revenez à quelques mois des élections présidentielles de 2020. N’avez-vous une mission secrète pour assouvir les intérêts d’un parti politique ?

Pas du tout. Je ne suis membre d’aucun parti politique. Je suis donc libre de mes opinions. Je suis une grosse victime de la crise post-électorale de 2010. Je n’ai aucune mission sécrète. Je suis à la disposition de mon pays, pour participer à la réconciliation.

Etes-vous en phase avec la réforme de la Commission électorale ivoirienne (CEI) souhaitée par certaines classes politiques ?

Je rentre d’exil après huit ans sans salaire, ma priorité en ce moment, c’est ma réinsertion socioprofessionnelle en vue de subvenir aux besoins de ma petite famille.

Les autres membres de l’URIF vous emboîteront-ils le pas ?

Les Ivoiriens sont prêts à rentrer en Côte d’Ivoire. Seulement, ils demandent que les conditions sécuritaires de leur retour soient prises en compte. Laurent Gbagbo est sorti de prison. Donc, il n’y a plus de problème. La Côte d’Ivoire, c’est notre pays. On a envie de rentrer chez soi. Et on est mieux que chez soi.

Avant votre départ pour Paris, des sociétaires du Burida vous accusaient d’avoir détourné des fonds de cette structure. Qu’en est-il réellement ?

Qui m’accuse ? Je ne pense pas que ce soit la tutelle. Ni de vrais sociétaires du Burida. Ce ne sont que des rumeurs. C’est cela la persécution. Je parle de réconciliation. Donc, je ne vais pas revenir sur cette accusation diffamatoire. Si on m’accuse, c’est qu’il y a eu une plainte. Je n’ai jamais reçu cette plainte relative à ce sujet. Quand je suis revenu du Ghana, je suis allé au cabinet du ministre Maurice Bandaman qui m’a reçu à deux reprises.

Quel regard jetez-vous sur votre ancienne maison, le Burida après ses nombreuses crises ?

J’ai certes travaillé dans cette structure. Je n’ai plus envie de me prononcer sur son fonctionnement. Il y a des personnes compétentes qui y sont. Je les félicite d’ailleurs. La critique est aisée, mais l’art est difficile. Je suis un Manager, recruté sur la base de mes compétences à l’issue d’un appel à candidature. Je ne souhaite pas tirer la sonnette d’alarme. IL est bon de préciser que tous mes avoirs au Burida avant et après ma suspension ont été gelés par voie extrajudiciaire. Mes droits n’ont pas été liquidés, j’ai près de 14 millions  de Francs CFA d’arriérés de salaire qui ont été gelés. Ce dossier est bel et bien sur la table de l’actuel président du conseil d’administration du Burida en la personne de Monsieur Seri Sylvain.

Vous avez manqué aux obsèques de Dj Arafat. Comment avez vécu ce deuil ?

Je remercie d’abord les autorités de mon pays pour leur soutien à la famille éplorée. Les autorités ont contribué aux hommages surdimensionnés à DJ Arafat. Franchement, j’ai été fier de voir tout ce qui a été retransmis par la télévision ivoirienne. Malheureusement, des quidams et des délinquants ont profané sa tombe. C’est dommage. J’encourage le gouvernement  ivoirien à prendre des mesures pour que cela ne se répète plus.

Que représentait Arafat Dj pour vous ?

Je suis un ami à sa mère à qui je présente mes condoléances. Je l’ai connu quand il était tout petit. J’habitais Plateau Dokui. Sa mère Tina Glamour avait un maquis que je fréquentais. Elle me disait que son fils voulait être Dj. Elle voulait qu’il parte à l’école. Il disait non. Il m’appelait affectueusement le vieux. La Côte d’Ivoire ne mérite cela. Je condamne cet acte profanation. C’est une icône de la culture ivoirienne que nous avons perdu. C’était un grand artiste pour qui j’avais beaucoup de respect et d’admiration.

Interview réalisée par

A.D.N.