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Côte d’Ivoire / Affaire BHCI: Y-a-t-il eu collusion entre le gouvernement et des banquiers en bandes organisées?

Après avoir abordé la question de la nébuleuse affaire de la Banque de l’habitat de Côte d’Ivoire (Bhci) dans son émission du jeudi, le candidat à l’élection présidentielle de 2020 Mamadou Koulibaly (LIDER) pose des questions pertinentes aux différents protagonistes, questions qui intéressent les Ivoiriens, qui devront comme d’habitude payer l’ardoise pour ce qui ressemble de plus en plus à une escroquerie en bandes organisées, dans laquelle sont impliqués des membres du gouvernement et des banquiers gangsters (banksters). Une affaire trouble qui suscite beaucoup d’interrogations, que les concernés gagneraient à clarifier pour mettre un terme aux rumeurs et spéculations.

Questions au comité de privatisation

– Comment avez-vous pu sélectionner un repreneur d’une banque apparemment essentielle à l’activité du gouvernement dans le domaine de l’immobilier social, que le gouvernement lui-même taxe aujourd’hui d’escroc, alors que votre président du comité de privatisation, Christian Koffi, en faisait l’éloge dithyrambique en ces termes le 23 août 2017 dans Fraternité Matin:

«Westbridge Mortgage Reit est une institution financière privée canadienne, spécialisée dans le crédit immobilier, et surtout le financement de la construction d’habitations. Ces activités consistent notamment à l’octroi de crédits destinés au secteur de l’immobilier, le négoce et la titrisation de tels crédits, l’acquisition et la revalorisation de portefeuilles de crédits en défaillance. Elle a développé au cours des années une expertise pointue dans ce domaine, avec l’octroi en 2016 de plus 366 millions de US dollars de prêts pour la construction, notamment, d’immeubles multi-résidentiels, de logements individuels, de centres commerciaux, de bureaux etc. Elle a accès à d’importantes ressources financières à travers ses partenaires que sont : a) Cefc China ; un conglomérat de 36 milliards de dollars (revenus 2016), basée à Shanghaï, b) True North Mortgage, le second courtier hypothécaire du marché canadien, octroyant l’équivalent de 400 milliards de fcfa en volume annuel de prêts immobiliers dans le pays. Avec les ressources financières que lui apportera Westbridge et sa connaissance de la problématique du logement en Côte d’Ivoire, la Bhcipourra mieux répondre à la demande de logements des populations.» ?

– Depuis son acquisition de la Bhci, qu’a fait Wmr pour revaloriser le portefeuille défaillant de la banque, l’une des « expertises pointues” que vous citiez à son avantage, alors même que Wmr et la commission bancaire toutes deux déplorent, entre autres, l’existence de crédits toxiques?

– Quel cabinet international a accompagné le comité de privatisation dans l’étude et l’exécution de la cession des parts de l’Etat dans la Bhci ? Comment ce cabinet a-t-il été sélectionné et quel a été le coût de sa prestation?

Questions au gouvernement

– Le gouvernement avait-il bien étudié le dossier de privatisations avant que le président de la république ne signe le décret en conseil des ministres le 2 août 2017, lors duquel la Bhci est présentée comme étant en faillite, et le repreneur comme un spécialiste de la finance et de l’immobilier ?

– Par quel mécanisme (appel d’offre restreint, appel d’offres ouvert, gré-à-gré etc.) Wmr a-t-il été choisi ? Quels sont les critères précis qui ont présidé à la sélection des Canadiens face à leurs concurrents, dont la Banque de l’habitat de Tunisie, qui avait d’ailleurs annoncé, dès le 16 septembre 2016, avant le gouvernement ivoirien, comme acquise la reprise de la Bhci?

– A quel prix les actions ont-elles été cédées par l’Etat en août 2017 ? A quel prix l’Etat a-t-il racheté les actions 4 mois plus tard? Y a-t-il eu plus-value ou moins-value?

– Pourquoi le président de la République, qui prétend avoir un programme de gouvernement dans lequel l’immobilier serait soit disant une grande préoccupation sociale, a-t-il commencé par céder l’intégralité des parts de l’Etat (51,6%) au repreneur Wmr le 2 août 2017, pour revenir seulement 4 mois après, le 6 décembre 2017, racheter 5 % des mêmes parts de la même banque, au prétexte qu’il souhaite suivre le programme de logement social ?

– Comment expliquer ces tergiversations de grands financiers/banquiers qui affirment se préoccuper du logement social des Ivoiriens et avoir une politique en la matière?

– Si le gouvernement nous a présentés, le 2 août 2017, Wmr comme étant des super-héros, et le 13 novembre 2019 comme étant des super-vilains, quel est l’homme fort du régime qui les a protégés à l’époque, et qui les lâche aujourd’hui et pourquoi ?

– Si Abdoulaye Gbané faisait déjà office de Directeur général par intérim dès le mois de septembre 2019, comme l’atteste le rapport de la commission bancaire de l’Umoa, pourquoi a-t-il attendu le 21 novembre 2019 pour produire une note de service n° 029 qui visiblement ne vise qu’à intimider le personnel, les clients et à interdire l’accès du public à des informations essentielles sur l’Etat de la banque, sa gouvernance, ses chiffres, ses dettes ?

– Pourquoi n’avez-vous pas encore saisi la justice ivoirienne pour que le droit soit dit?

Questions à la Commission bancaire de l’Umoa

– Comment expliquez-vous qu’une banque qui a bénéficié de l’aval du comité de privatisation et du conseil des ministres de Côte d’Ivoire, mette près d’un an à obtenir l’agrément de la commission bancaire de l’Umoa, alors qu’un tel agrément devrait se faire presque automatiquement après les vérifications de routine, pour appuyer les efforts du gouvernement ?

– Dans votre rapport, il n’est mentionné que deux personnes morales qui siègent au conseil d’administration, à savoir Wmr et Demack. En vertu de quoi M. Abdoulaye Gbané, désigné comme directeur général par intérim par l’Etat, a-t-il été reçu par vous, alors que l’Etat, selon votre propre rapport, ne figure pas au conseil d’administration de la Bhci?

– Votre rapport informe que la commission bancaire de l’Umoa reçoit Abdoualye Gbané comme directeur général par intérim le 18 septembre 2019, alors que le gouvernement n’annonce la reprise en main de la banque par l’Etat que le 13 novembre 2019. Comment cela s’explique-t-il?

– Le président du comité de privatisation annonçait la structure de la Bhci comme suit: «L’État et ses démembrements, qui détiennent 51,6% du capital: Etat: 41,3% ; Bni: 5,5% ; Sicogi: 4,8%. Les actionnaires privés, qui détiennent 48,4% du capital : Sci Demack: 35,2% ; Somavie: 9,9% ; Boad: 2,2%, Nsia-Vie: 1,1%.» Puisque vous ne mentionnez que deux personnes morales (Wmr et Demack) dans votre rapport, où sont passés les actionnaires Boad, Somavie, Nsia-vie? Dans quelles circonstances ont-ils disparu?

– Pour une banque dont le passif était problématique et qui a été «privatisée» dans des conditions troubles, pourquoi ne pas avoir suivi de près sa gestion quotidienne et avoir attendu si longtemps avant d’intervenir?

– Quelles sanctions ont été prises, puisque les décisions de la commission formulées dans le rapport du 18 septembre n’ont visiblement pas été respectées et que l’article 2 stipulait: «A défaut de mise en œuvre des termes de l’injonction aux échéances fixées, l’établissement et ses dirigeants encourent les sanctions disciplinaires et pécuniaires prévues par la réglementation bancaire.»

– Pourquoi n’avez-vous pas encore saisi la justice ivoirienne pour que le droit soit dit?

Questions à Westbridge Mortgage Reit

– Vous affirmez avoir acheté les parts de l’Etat. À combien de franc cfa l’action? Pour quel montant total? Par quel moyen de paiement? À quelle date? Au profit de qui? Pouvez-vous présenter les preuves de cette transaction?

– L’Etat ivoirien dit vous avoir racheté 5% des actions qu’il vous avait cédées précédemment. Les lui avez-vous vendues? À quelle date? Pour quel montant? Selon quelles modalités? Pouvez-vous présenter les preuves de cette transaction?

– Le 18 octobre 2018, vous faites connaître la composition du conseil d’administration et annoncez ainsi avoir réservé un siège à l’Etat. Le 18 novembre 2019, vous publiez un communiqué vous étonnant de l’intrusion de l’Etat dans la gestion de la banque en disant: «Les actionnaires à qui on demande des contributions en capital de plus en plus élevées sont effectivement exclus de la gestion de la Banque. De fait, la Bhci est contrôlée et gérée par des individus qui ne sont ni actionnaires, ni gérants.» Qu’est-ce qui est vrai? L’Etat est-il ou non actionnaire? Si oui, depuis quand et dans quelles proportions?

– La commission bancaire porte un jugement très sévère sur votre gestion de la Bhci. En outre plusieurs chiffres circulent sur les bénéfices, les dettes, les fonds propres de la Bhci, ainsi que sur sa gouvernance. Vous affirmez avoir réalisé un audit. Pouvez-vous le rendre public pour que le contribuable ivoirien, qui a payé, paie et en définitive paiera la facture, puisse être édifié?

– Vous affirmez qu’il y a des membres du gouvernement qui ont contracté 4 milliards de dettes que vous jugez aujourd’hui toxiques: pouvez-vous publier la liste nominative et les montants respectifs pour chacun d’entre eux ?

– Depuis votre acquisition de la Bhci, qu’avez-vous fait pour revaloriser le portefeuille en défaillance de la banque, l’une des « expertises pointues” dont vous créditait le président du comité de privatisation ?

– Pourquoi, malgré tous les préjudices que vous signalez, n’avez-vous pas encore saisi la justice ivoirienne pour que le droit soit dit?

Question aux députés

– Pourquoi, alors que la clameur publique fait état depuis de longs mois des difficultés rencontrées par les clients de la Bhci pour rentrer dans leurs fonds, parmi lesquels de nombreux militaires, ni la commission des finances, ni la commission de défense de l’assemblée nationale ne se sont saisies de l’affaire?