Sorcellerie, attaques mystiques, maladies diverses / Dans l’univers d’un guérisseur qui soigne gratuitement avec des plantes

Logé au rez-de-chaussée d’un étage à Abobo-Habitat, le sanctuaire du guérisseur Dosso Laciné est pris d’assaut chaque jour par des personnes qui ont des problèmes de santé, d’attaques mystiques, d’envoûtement, de sorcellerie et de bien d’autres pathologies déclarées incurables par la médecine moderne.

  

Le nom d’un guérisseur qui fait des merveilles s’empare des ruelles d’Abobo comme une trainée de poudre. Tout le monde ne fait que parler d’un jeune homme qui a été oint par Dieu dès son bas âge. Le jeudi 17 septembre 2020, sous une fine pluie, jour de guérison du faiseur de bonheur, nous nous rendons dès 7 heures du matin dans la commune cosmopolite d’Abobo. Bravant les embouteillages matinaux, nous voici au quartier Habitat, précisément aux trois étages.Trempé comme un sous marin, renseignement pris ça et là, nous avons retrouvé le sanctuaire de Dosso Lanciné. A cette heure du matin, la salle d’attende est bondée des malades et d’autres personnes apparemment en bonne santé mais qui souffrent dans leur chair. Un silence de cimetière nous accueille à l’entrée du bâtiment. Un homme musclé d’une quarantaine d’années tenant un talkie-walkie se met à travers notre chemin. D’une voix rauque, il demande si nous avons rendez-vous. Apeuré, la réponse s’est faite d’un battement de paupière, avec un mouvement de la tête. L’homme demande d’ôter les chaussures avant d’accéder au sanctuaire. Ensuite, un autre d’une taille moyenne du nom d’Abou Lolo ouvre soigneusement la porte. Dedans, certaines personnes sont assises sur des meubles de fortune tandis que d’autres  sont à même le sol. La surprise fut grande de voir un jeune homme, la trentaine révolue vêtu d’une tenue dozo (chasseur traditionnel du nord), se tenant debout devant une foule immense, pour faire des démonstrations de guérison. Sans lui demander de nouvelles, il entre dans sa vie et lui dit les raisons de sa visite. Incroyable mais vrai. A notre arrivée, il a décortiqué le problème d’une jeune fille dont la mère a été envoûtée. Sans connaître préalablement la jeune dame, le mystique donne le nom de sa mère, le nombre d’enfants qu’elle a eus avec leurs différents noms à l’appui. Mieux, dans quelle condition elle a été envoûtée. Il révèle également le nom des personnes qui ont commis l’acte. Abasourdie, la jeune fille tremblait de tout son corps comme une feuille morte, en fondant en sanglots. Comme à un spectacle, les autres applaudissaient. Vraiment, il faut y être pour croire. L’homme a demandé à la jeune fille de faire un sacrifice pour éviter le pire à sa génitrice.

 

Appel via un miroir, un couteau ou le mur

 

Pour donner confiance à la jeune fille, sans demander le contact de sa mère, il a composé le numéro via le mur et a communiqué devant tout le monde avec celle-ci. Ensuite, il a demandé à sa patiente de rappeler sa mère pour vérifier réellement s’il a échangé avec elle. Elle compose le numéro de sa mère tout en tremblant et sa mère lui confirme qu’elle venait d’échanger avec quelqu’un. Le ton monte d’un cran dans la salle. Certains scandaient ‘’Djinan, djinan’’. Souriant, il entre dans une petite chambre et appelle les gens selon l’ordre d’arrivée. Chacun entre et ressort avec sa satisfaction. Les nouvelles personnes avaient les yeux hagards pour suivre les séances de guérisons et de démonstrations. Kader Sylla, un homme d’affaires s’est fait gruger de la somme de 3 millions de francs Cfa. Selon lui, il n’arrivait pas à mettre la main sur ses bourreaux. Dosso Laciné a appelé devant tout le monde, l’ami de celui qui a été arnaqué et il lui a donné le nom des autres complices et leurs lieux d’habitation. Il a demandé à Kader S., de faire un sacrifice qui va lui permettre de retrouver ses sous. Le spectacle dans le sanctuaire est tellement captivant qu’étant là-bas, on ne sent pas le temps passé. Une autre dame dont le pied est enflée qui peine à marcher a recouvré la guérison. Le mystique lui a signifié qu’elle est infidèle à son mari. « Ta maladie n’est pas simple. Toi-même tu le sais très bien. Tu trompes ton mari avec celui d’une femme béninoise. Alors que celle-ci a mis un médicament sur son mari et quiconque sortirait avec lui aura cette maladie. Vous avez été envoûtée », a-t-il lancé au visage de la dame. Avec un visage froissé, visiblement couverte de honte, elle n’a pas nié et a demandé au guérisseur de l’aider. Il lui a demandé d’aller demander pardon à son mari en avouant ces actes ignobles. Cependant, il lui a donné un médicament qui va la soulager.

   

Rencontrer le guérisseur est un casse-tête chinois

 

Ce n’est pas du tout facile de rencontrer Dosso Laciné. Très sollicité pour ses services, il y a des jours qu’il reçoit uniquement que sur rendez-vous. Il a un staff bien organisé qui travaille d’arrache-pied pour le bonheur de ses visiteurs. Il y a des gens qui font plus d’un mois avant d’obtenir un rendez-vous. Même s’il est ouvert, le mercredi, samedi et dimanche, il n’arrive pas à prendre beaucoup de personnes. Des personnes quittent des pays limitrophes voire en Europe pour bénéficier de ses services. Une dame qui a refusé de décliner a quitté le Burkina-Faso, son pays et a séjourné pendant 3 semaines sur les bords de la lagune Ebrié avant de rencontrer le mystique. Elle dit avoir parcouru  beaucoup de pays et de contrées pour trouver la solution à ses problèmes.  

 

Le don de l’enfant de Massala

 

Dosso Laciné  est bien connu dans la région de Séguéla pour ces exploits. Il  explique comment il soigne les gens sans rien demander en retour.

« Moi, je ne jure que par Dieu. Je ne prends pas de l’argent à quelqu’un. Ma consultation fait 5000f après, je ne prends plus rien à un patient. Souvent les samedis, je reçois plus de 180 personnes. Je fais du café matin pour mes visiteurs et à midi ma femme prépare pour tout le monde. C’est parce que je suis en ville et je dois payer le loyer que je prends l’argent de consultation. Si  quelqu’un trouve un coin pour moi où je ne vais pas payer de loyer, je ne prendrai pas 5f à quelqu’un pour le soigner », a-t-il expliqué. Il a aussi  relevé comment il a reçu le don pour satisfaire toute personne qui le visite. 

« Je suis un voyant et c’est Dieu le tout-puissant qui m’a fait ce don depuis le village. J’ai fait 6 ans dans la forêt et à ma sortie, j’ai eu le don de veiller sur les malades et les créatures de Dieu. Dans ma famille, tout le monde est guérisseur. A l’âge de 11 ans, je m’asseyais toujours auprès de ma maman parce qu’elle a été victime de maltraitance. Un vendredi, j’ai décidé d’aller visiter mes pièges au champ alors que chez nous, il est interdit d’aller au champ les vendredis. Je me suis caché pour m’y rendre ce jour-là. Après avoir visité les pièges, j’ai eu deux gibiers. Etant au champ, j’ai emprunté une piste et j’ai senti que derrière moi est fermé. Voyant cet obstacle, j’ai dit à Dieu en ces termes : ‘’Dieu, je suis le seul enfant de ma mère et les sorciers veulent me tuer donc il faut trouver quelqu’un pour s’occuper de ma maman si je mourrais », a-t-il expliqué. Il a par ailleurs relevé qu’après cela, il a vu des étincelles du soleil qui ont envahi tout le champ.

« C’est comme ça que je suis resté dans la forêt pendant 6 ans. A ma sortie de la forêt, j’ai permis à un aveugle de recouvrer la vue. J’ai demandé à Dieu de me donner le pouvoir de guérison. C’est comme ça qu’il a donné le pouvoir aux génies qui m’ont adopté de guérir la personne aveugle en face de moi. C’est comme ça que j’ai opéré mon premier miracle avec l’eau simplement en 1992 », a-t-il fait savoir. Pour lui, tout le monde le connaît dans la région de Séguéla pour ses prouesses. 

« Dieu me fait beaucoup grâce parce que toute personne qui passe me voir trouve toujours satisfaction. Il n’y a pas de type de maladie que je ne peux soigner. Quand un malade se présente à moi, je demande à Dieu de me donner le pouvoir de l’aider. Ma spécialité, c’est la lutte contre la sorcellerie et les attaques mystiques. Je ne fais pas de la publicité en mettant des annonces sur les réseaux sociaux. Mon travail parle de lui-même. Au nord, je ne fais pas de consultation à huis-clos. Je faisais tout dehors. Au village, je soigne les gens dans un lieu public mais à Abidjan, je reçois dans mon sanctuaire. Je soigne avec des plantes qui me sont montrées par Dieu. Quand quelqu’un vient me voir, je lui dis que l’homme ne rend par l’homme puissant. Je lui demande de se confier d’abord à Dieu le créateur », a-t-il signifié.

 

Ce qu’il demande aux autorités ivoiriennes

 

Le guérisseur compte aider bon nombre de personnes qui ont des problèmes d’ordres diverses. Mais il demande un appui pour construire un centre d’accueil où il peut travailler librement.

« Je demande aux autorités ivoiriennes de se renseigner sur moi. Dans la région du Worodougou, tout le monde connait mes exploits. Actuellement, je n’ai pas de place pour m’occuper des malades. Quand j’arrive dans mon village, les malades dorment à la belle étoile pour m’attendre. Cela me fait beaucoup pitié. J’ai de la peine pour ces personnes qui ne cherchent que la guérison pour leurs maux. D’autres font des appâtâmes avec des pailles comme toit. Je demande au Premier ministre Hamed Bakayoko et Amadou Soumahoro, le président de l’Assemblée nationale, Bouaké Fofona, directeur général de la Société Ivoirienne de Construction et de Gestion Immobilière (Sicogi) et les cadres du Worodougou de créer un centre pour moi afin de recevoir les malade. Je ne leur demande pas de l’argent. J’ai juste besoin d’un grand centre pour accueillir les malades afin de leur apporter la guérison au nom de Dieu. Je veux sauver la vie des gens mais je n’ai pas un endroit où ils vont rester pour leurs soins », a-t-il plaidé.

 

Des témoignages fusent de partout

 

Ouattara Bas, malade d’Avc : « Il y a une amélioration »

 

« J’ai parcouru les hôpitaux mais je n’ai pas trouvé de satisfaction. Depuis que je suis venu ici, les choses ont changé. J’ai fait cette maladie depuis deux mois. Avant je ne marchais pas. On me l’a recommandé mais depuis que j’ai pris contact avec lui, j’arrive à marcher un peu. Je sens une amélioration. Lui qui m’a recommandé a tellement bien parlé de lui que je suis venu ici ».

 

Marius Koffi, patient : « Peu à peu, les choses avancent »

 

C’est par le biais d’un ami que je suis venu ici. Il m’a dit qu’ici, j’aurai la solution à mon problème. Depuis que je l’ai rencontré, on a commencé à faire des travaux qu’il m’a demandés. Peu à peu, les choses avancent. Je suis venu pour quelque chose, je n’ai pas encore obtenu mais je pense que ça va aller ».

 

Bouba Fidèle : « C’est quelqu’un d’exceptionnel »

 

« Je l’ai connu par le truchement de Yacou, l’un des lieutenants du guérisseur. Je n’ai pas encore été reçu. Mais, il a fait plein de choses devant moi. Il a fait sortir les numéros dans les bras de l’homme sans téléphone. Vraiment, c’est quelqu’un d’exceptionnel ».

 

Elisabeth Kouamé : « Il doit être récompensé à sa juste valeur »

 

« Je l’ai connu à travers une amie qui avait un problème de santé. Moi-même je n’y croyais pas parce que je trouvais qu’elle en faisait trop. J’ai décidé de me rendre ici pour voir de mes propres yeux. Je suis arrivée mais je suis épatée. Je n’en reviens toujours pas. C’est une personne rare. Il est différent. Il n’y a pas de mot pour le qualifier. Il faut le voir à l’œuvre pour croire. Il a guéri beaucoup de personnes devant moi. Des personnes qui ne marchaient pas qui arrivent à marcher aujourd’hui. Des sourds entendent aujourd’hui grâce à lui. Des aveugles ont recouvré la vue. Des personnes qui ont volé de l’argent ont été démasquées. Il doit être récompensé à sa juste valeur. Il a aidé plein de personnes qui n’ont pas été reconnaissantes. J’appelle les personnes qui ne le connaissent à venir le découvrir ».

 

 Mme Ly Marie Paule, agent de la police : « Il a fait marcher quelqu’un devant moi »

 

J’ai eu un problème de vol d’argent et mon collègue m’a parlé de lui. J’ai tenté longtemps son numéro mais il ne m’a pas décroché. Le jour qu’il a décroché, je me suis rendu ici et il m’a donné rendez-vous pour une autre fois. Il a fait des choses extraordinaires devant moi et j’étais émue. Il y a une dame qui a accompagné son mari qui était malade, il a pris de l’eau dans un gobelet pour soigner le monsieur devant tout le monde. Deux jours après, j’ai rencontré le monsieur qui marchait. Vraiment, c’est un homme extraordinaire. Il appelle des personnes sans le téléphone portable ».

 

Losseni Bakayoko : « C’est un don que Dieu lui a donné »

 

« Je suis ici à cause de lui. Je l’ai connu à cause de ses multiples miracles. A Abidjan, il ne fait rien. Venez dans son village, vous allez connaitre le miracle. Il appelle du bout du doigt quelqu’un qui vit en France. Dieu existe. Il y a des prophètes qui sont passés. Je crois qu’il est un prophète que Dieu nous a envoyé. J’ai quitté à Port-Bouet pour venir le rencontrer. Cela veut dire que ce n’est pas fortuit. On ne peut pas finir de parler de lui. Il est un don de Dieu ».

 

Dembelé Leila, étudiante : « Il n’y a pas de mot pour qualifier »

 

« C’est grâce à une amie que j’ai fait la rencontre de monsieur Dosso. Elle avait une grande sœur qui était malade et elles se sont promenées un peu partout sans remède. Dès que Dosso Laciné a touché son pied enflé, immédiatement le pied s’est désenflé. C’était difficile à croire et pourtant c’est la réalité. Dieu passe par lui pour sauver des personnes qui souffrent. Il n’y a pas de mot pour qualifier. Il n’est pas comme les charlatans qui demandent poulets pour soigner quelqu’un. Ici, quand tu viens, il te casse les ‘’ papo’’(Ndlr : révélations) ». 

 

Rodrigue K.