Mohamed Salamé, président de l’Alief : « On tend normalement vers une situation de crise d’incompréhension »

Mohamed Salamé, président de l’Association internationale des ambassadeurs du programme libre et du vivre-ensemble de la francophonie (Alief), demande aux politiques de discuter et de mettre fin aux discours haineux pour ne pas jeter l’eau sur l’huile.

 

Nous sommes à près d’une semaine de la présidentielle et la tension est toujours vive. Vous avez mené beaucoup d’actions pour que les choses s’apaisent, pouvez-vous faire le point des actions de paix que vous avez entreprises dans le cadre de votre organisation ?

L’Association internationale du libre et vivre-ensemble de la francophonie est née des 8e jeux de la Francophonie qui se sont déroulées à Abidjan. Elle a bien voulu décerner des titres d’ambassadeurs à 33 personnalités des membres de l’art, de la culture, de l’éducation, de l’agriculture, de l’audiovisuel, de l’écriture, de l’humour, à des personnes qui ont eu un parcours et qui semblent pouvoir avoir, un petit réseau d’influence sur les communautés. Suite à cela, nous avons fait plusieurs conférences de presse qui ont été un succès. Et qui ont été relayées par la presse nationale et internationale allant dans le cadre du libre et du vivre-ensemble. Le libre et le vivre-ensemble depuis le sommet de la francophonie a demandé à tous les gouvernements d’œuvrer non seulement dans la consolidation des peuples mais en plus dans le rapprochement des ethnies et de tous les peuples et confessions religieuses. A partir de là, l’Alief régie en association, a porté à sa tête le président Mohamed Salamé. Ce, pour une mission bien déterminée. Nous avons rencontré à cet effet, tous les acteurs des partis politiques. Mamadou Koulibaly, Gnamien Konan, Mabri Toikeuse, Pascal Affi N’guessan, la plateforme EDS, Maurice Kakou Guikahue, Yasmina Ouegnin, des groupes parlementaires par parti politique, Danielle Bony Claverie, GPS, le COJEP, la CEDEAO et nous avons rencontré l’Union Africaine. Il nous reste à rencontrer le RHDP, parti au pouvoir qui va nous recevoir certainement d’un moment à l’autre.

 

Que retenir de tout ça ?     

Vous devez retenir que l’Alief a commencé à rencontrer l’opposition au contraire du classique des réunions internationales qui rencontre le régime avant d’aller rencontrer l’opposition. Nous, on a rencontré l’opposition et nous finissons par le régime. Parce qu’on veut avoir une idée claire de quoi se plaignent les gens. A partir de ce moment, on dit quand on va s’asseoir, voilà ce que les gens qu’on a rencontrés disent. Un opposant, ce n’est pas un adversaire de guerre. Un opposant, c’est quelqu’un qui tire la sonnette d’alarme par rapport à une situation qui peut prévoir et qui peut prévenir. Un opposant n’est pas forcement celui qui cherche à prendre votre fauteuil. C’est un quelqu’un qui cherche à équilibrer. Nous préparons un peu notre rapport qui est celui qui va être présenté comme un livre blanc en 10.000 exemplaires. C’est qu’à l’unanimité, ils demandent au régime de s’asseoir et de discuter. Sur la Commission électorale indépendante (CEI) qui semble ne pas être une CEI conforme à une élection présidentielle ouverte et transparente. Ça, c’est ce qu’ils disent la plupart de ceux qu’on a visités. Que la Cour constitutionnelle est une cour qui dépend du pouvoir. Que la liste électorale n’est pas la liste qu’il faut et que dans tous les sens, ils ont une situation qui peut ne pas être bonne à un moment donné parce que toutes les conditions ne sont pas réunies pour arriver à eux. Ils sont ouverts à un dialogue. Le président Pascal Affi N’guessan a été ouvert à un dialogue. Le président Mamadou Koulibaly a été ouvert à un dialogue, le Secrétaire exécutif Maurice Kakou Guikahue et Eds disent qu’ils veulent s’asseoir avec le régime pour discuter. On tend normalement vers une situation de crise d’incompréhension, due au fait qu’on ne s’asseoit pas pour discuter. Pour régler un problème, il faut s’asseoir. Toutes les crises internationales qui ont commencé du début jusqu’à la fin, qu’elles soient de paix ou de guerre, de situations explosives, elles ont bien fini par une table de discussion. Ça se voit partout dans le monde.

 

Le gouvernement a reçu le mercredi 21 octobre 2020, plusieurs partis de l’opposition. Est-ce que c’est déjà un bon début pour vous ?      

Mais si le gouvernement décide de recevoir les partis d’opposition et que les partis d’opposition répondent à l’invitation, c’est une bonne chose.  Parce que dans les partis d’opposition, il y a des partis de grande envergure et il y a des partis d’opposition qui sont des figurants. Les partis d’opposition de grande envergure n’ont pas répondu à cet appel. C’est la question principale. Mais à une semaine des élections présidentielles, s’ils répondent, c’est le début de l’appel que nous avons lancé qui est arrivé. Parce que moi, en tant que président de Alief, je lance un appel, vous lancez un appel. Mais le fruit de ces appels peut être la conséquence positive de cette convocation de la réunion.

 

Quelle sera la suite de votre mission ?   

Nous allons continuer avec l’élection ou sans élection.  Avec l’élection ou après l’élection, nous allons continuer notre œuvre. L’œuvre du bon sens, l’œuvre du dialogue permanent, l’œuvre d’une entente générale et un consensus. Quand on parle de politique, on parle plus de consensus. C’est par un match de foot parce qu’en football, il n’y a pas de consensus. Il y a toujours un vainqueur. En politique, il n’y a jamais qui a gagné, il y a toujours un consensus pour arriver à un niveau de discussion.

 

La secrétaire générale de l’OIF, Louise Mushikiwabo, a lancé un appel contre les discours haineux dans le processus électoral que ce soit en Côte d’Ivoire ou en Guinée. Est-ce que vous vous sentez porte-parole de cet appel ?

L’Alief à travers ma voix, l’a déjà dit pendant la conférence et dans toutes mes déclarations depuis plusieurs années. Allez-y sur Africa 24, Vox Africa, Rti, regardez toutes mes déclarations, elles ont déjà été faites dans ce sens depuis très longtemps. Et c’est connu. Mon verbe et ma parole sont connus. Je ne suis pas surpris. Je soutiens ce qu’elle a dit. Mais pour une fois,  je peux dire que j’ai été devancier. J’ai été avant elle. Et ce n’est pas ça qu’il faut retenir de ce que j’ai dit.

 

Quel message avez-vous à lancer aux Ivoiriens pour éviter les mêmes évènements de 2010 ?

Ce que je peux dire est que personne n’est partisan de la Côte d’Ivoire de violence. La violence, elle vient de manière instantanée parce qu’il y a une situation qui a créé la violence. La violence a commencé depuis 1999 en Côte d’Ivoire, avec l’avènement du coup d’Etat de 2000. Le président Laurent Gbagbo est arrivé après le coup d’Etat. On a continué avec les violences. Il y a eu le président Alassane Ouattara qui est arrivé au pouvoir en 2010 avec la crise ivoirienne. Les violences ont continué. On arrive aujourd’hui à une situation qui peut prévoir des violences qui ne seront normalement pas acceptables après qu’on ait vécu toutes ces violences. Comment faire pour les stopper ? Les uns et les autres ont été responsables de ces violences parce que tout simplement, ils n’ont pas prévu ce qui allait arriver. Or c’était prévisible. Les décrets verbaux sont une des causes pour lesquelles en Côte d’Ivoire, on tend toujours vers cette situation de crise que vous connaissez. Ce qu’on peut dire c’est que la non-violence doit être prioritaire. Se faire entendre est un droit. Mais la violence n’est plus un droit.

Propos recueillis

Par Fieni Tié