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Côte d’Ivoire / Bouaké, la ville où la prostitution reste la seule voie de survie

prostituées bouaké.jpg Le désespoir semble avoir gagné les jeunes filles de la ville de Bouaké

La décennie de crise qu'a connue la Côte d’Ivoire, a dressé son cortège de maux qui minent la société ivoirienne en général et en particulier, celle de Bouaké. Parmi ces effets collatéraux, la prostitution qui a pris une vitesse exponentielle sur le quotidien des Bouakois. Ce phénomène a frappé les portes de cette belle cité. Une visite nocturne dans quelques coins chauds de la cité de la paix a permis de nous imprégner de la pratique du plus vieux métier du monde.

Bouaké, capitale de la région du Gbêkè, regorge de nombreux maquis, bars, restaurants, night clubs et d'autres lieux mondains fréquentés par les jeunes filles dont l'âge varie entre 16 et 25 ans. Ces dernières s'adonnent de plus en plus à la prostitution. Il était environ 18 heures 23 minutes, le samedi 27 octobre 2018 dernier, lorsqu'un jeune chauffeur de taxi-moto nous interpelle « Messieurs,  où allez-vous ? Y a taxi-moto hein. On dirait, vous voulez vous enjailler (ndlr : une partie de jambes en l’air)». Nous lui répondons par l'affirmative. Il nous conduit dans un coin de la place. En cours de route K.G engage la causerie. « Ah le vié, c'est comment ? » Dans un style propre à lui, demande-t-il. Nous lui répondons, « ce n'est pas important ». Ce qu'on veut c'est de connaître l'ambiance qui règne ici la nuit. « Moi je peux vous aider hein, si vous voulez », a-t-il poursuivi. Doléance que nous acceptons avec joie. A 21 heures 40 minutes, nous avons notre guide pour parcourir les coins et les recoins de la ville. Au quartier Nimbo, précisément au Fromager, bondé de monde, nous avons rencontré des jeunes filles habillées aux accoutrements extravagants qui ne laissent personne indifférent. A l'hôtel Manmianou où nous nous asseyons auprès de quelques-unes, j’engage la conversation. « Vous êtes très belles, les filles » ! L'une d'entre elles nous propose sa "marchandise " au prix de 1000f cfa la passe et 10.000f cfa la nuit avec elle. Elle précise que la vie est devenue très dure à Bouaké et avec ça, les étudiantes sont venues s'ajouter, ce qui baisse considérablement le tarif. Nous faisons notre entrée dans le bar d'à côté. Là-bas, elles sont nombreuses. Notre guide nous infirme que c'est comme ça en ces lieux. Elles attendent d'éventuels clients. Habillées de derniers remparts de leur nudité, elles sont perceptibles. Nous invitons deux d'entre elles à notre table. Au cours des échanges,  K.E, âgée de 26 ans nous clarifie qu'elle pratique ce métier depuis l'éclatement de la longue crise qu'a connue le pays, alors qu'elle était en classe de 3 ème dans une école privée de Tiebissou. Elle a donc décidé de venir chez sa tante à Bouaké afin de poursuivre ses études à Abidjan. Malheureusement la misère frappait à ses portes ces temps-là. « J'étais en classe de 4 ème à Marabadiassa en 2005 quand la crise a éclaté. J'ai jugé bon de venir chez ma grande sœur ici à Bouaké, pour me trouver les moyens afin de poursuivre mes études. Hélas, les moyens ont manqué. Je me suis retrouvée chez une amie qui travaillait dans un maquis. C'est elle qui m'a hébergé. C'est comme ça que tout est parti », indique C.R, 27 ans. Contrairement à K.G, âgée de 19 ans, coiffeuse, elle exerce ce métier pour s'occuper de son fils âgé de 2 ans dont le père a disparu. Ce fléau a pris de l'ampleur car la cité regorge de nombreux lieux très fréquentés par ces jeunes filles. Le constat est très amer. Certaines filles pensent pouvoir subvenir à leur besoin grâce à leur charme comme elles le disent, c'est notre "café-cacao". Nous nous rendons à Dar-es-salam en compagnie de notre guide. Là-bas tout bouge. Mlle Clara que nous rencontrons dans le couloir, nous fait savoir qu'elle fixe le prix selon la tête du client, car il y a des fonctionnaires et des autorités de la cité qui fréquentent les lieux. Dans ce coin du quartier, l'alcool coule à flot. Pour Albert Konan, « il n'y a plus d'activités ici, à Bouaké,  pour nos sœurs. Nous comprenons que la base de cette pratique honteuse est la misère et le gain facile par le charme », indique-t-il. Au quartier Zone, leur stratégie, c'est de faire les " cent pas " dans l'espoir d'avoir d'éventuels clients pour passer la nuit. Dans le cas contraire, les numéros sont laissés dans les hôtels en cas de besoin. La prostitution est un phénomène mondial mais le cas de Bouaké nous interpelle car elle existe dans presque tous les quartiers de la ville. Le cas particulier des quartiers Commerce, Nimbo, Air France et Zone est un exemple regrettable dans la cité du vieux Gbêkè. Le comble, un groupe d'entre elles menace de s'attaquer aux étudiantes qui sont venues s'ajouter et qui ont fait péricliter leur business.

 

O.K.


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