Jacqueville / Le directeur de cabinet du secrétariat d'Etat échappe à un lynchage

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En mission à Adoukro, dans la Sous-préfecture de Jacqueville, le directeur de cabinet du secrétaire d'Etat, auprès du ministre de la Construction, du Logement et de l'urbanisme (Mclu), chargé des logements sociaux, Kouassi Edouard et sa délégation d'une dizaine de personnes, ont manqué d'être lynchés, le vendredi 29 mai 2020, par la communauté béninoise d'Adoukro. 

 

Après plus de 4 heures de vive tension, l'émissaire du secrétaire d'Etat, Koffi Lataille et ses collaborateurs ont pu regagner Abidjan, grâce à l'intervention de la gendarmerie venue d'Abidjan. Ils étaient dans cette localité pour une visite officielle du site qui va abriter des logements sociaux. 

 

Il est 10 heures 29 minutes, ce jour-là. La délégation accoste au bac. Après une visite de la bordure lagunaire en bateau. Elle a juste le temps de débarquer qu'un groupe de femmes et de jeunes béninois se sont regroupés à l'ancien débarcadère du bac, situé sur le côté droit à la montée du pont. 

Qu'ils ont traversé depuis N'djem pour aller barrer la voie à la délégation du Dircab. Tous existés, ils chantent en langue fon, exécutent des pas de danse de leur terroir et se font menaçant. 

 

Mais le Dircab, Kouassi Edouard, garde son calme et invite les meneurs à la discussion. Ouattara Moussa, un jeune du village de N'djem se présente comme étant le porte-parole des Béninois d'Adoukro. Accompagné de Ouattara Soulama Ousmane (pdt des jeunes de N'djem), il a déclaré, sur un ton de colère, ne pas « s'opposer à un quelconque projet du gouvernement, mais il faut que les droits des populations soient pris en compte ». 

 

Le Dircab leur donne donc rendez-vous à son cabinet, le jeudi prochain, pour un examen de leur préoccupation. Précisant toutefois à Ouattara Moussa et ses compagnons qu'il est en mission officielle pour le compte du secrétariat d'Etat, chargé des logements sociaux, au nom de l'Etat de Côte d'Ivoire. « Nous sommes ici, pour visiter le site qui va abriter les futurs logements sociaux que l'Etat va construire. Madame le Préfet de Jacqueville est informée de notre arrivée depuis plusieurs jours. Allez-y donc dire à vos parents de dégager la voie parce que je dois aller la rencontrer », a-t-il instruit Ouattara Moussa, qui ne semble pas lui obéir. 

 

Quelques minutes plus tard, les gendarmes présents et renforcés par un autre cargo, ont décidé de les faire partir. 

Mais c'est mal connaître les intentions cachées des Béninois révoltés. Ils se sont repliés à la descente du pont Philippe Yacé à N'djem. Où ils ont érigé des barricades pour empêcher la délégation d'entrer à Jacqueville. Et ce, malgré la présence des forces de l'ordre qui les aménageaient. 

 

C'est donc la mort dans l'âme que l'envoyé du secrétariat d'Etat chargé des logements sociaux et sa délégation ont décidé de rebrousser chemin aux alentours de 14 heures. 

 

L'attitude coupable des autorités locales 

 

Face à la situation qui risquait de déborder, le chef du village d'Adoukro, (battu par les mêmes révoltés, il y a quelques jours et porte encore une minerve et un plâtre au pied gauche) informe avoir contacté par téléphone le secrétaire général (Sg), Dominique Bony Yo, de la Préfecture de Jacqueville, à l'effet de trouver une solution. « J'ai appelé le Sg de la Préfecture pour lui dire qu'il m'a demandé au téléphone d'être présent, ce matin (vendredi 29 mai : ndlr) avec mes notables, pour accueillir le directeur de cabinet et sa délégation. Mais voilà que les Béninois d'Adoukro manifestent contre la mission. En réponse, il m'a dit bon, OK.., et puis il a raccroché, sans me rappeler », a confié le chef Norbert Yessoh. Toujours selon lui, la veille (jeudi 28 mai 2020 : ndlr), le Sg l'a joint, lui et Oda Edouard, président de la Mutuelle d'Adoukro, pour qu'ils mettent  tout en œuvre en vue de réserver un bon accueil à l'émissaire. Ce coup de fil venait en appui au Soit-Transmis de la Préfecture de Jacqueville signé du Sg et adressé au chef du village, en date du 19 mai 2020. 

 

« Pourquoi le maire de Jacqueville qui a été aperçu aux côtés des manifestants, n'a jugé bon de venir s'enquérir des nouvelles du Dircab ? Pas même le Commandant de la Brigade (CB) de Jacqueville. Ce dernier n'a-t-il pas reçu d'instructions dans ce sens ? ». Telles sont les interrogations de certains membres de la délégation. 

 

Quand d'autres confient s'expliquer difficilement l'attitude des autorités locales, qu'ils qualifient de ''coupable'', bien qu'étant dûment informées de leur mission à Jacqueville. « Tout se passe comme si l'on a organisé l'humiliation de l'envoyé du secrétaire d'Etat, Koffi Lataille, foulant au pied cette initiative de l' Etat », murmurent-ils amèrement. 

 

En tout cas, n'eût été la prompte intervention de la gendarmerie venue d'Abidjan, le pire aurait pu se produire.

A.K. correspondance particulière