BAD / Un rapport disculpe le président Adesina

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Des employés de l’institution accusaient le Nigérian de comportements « contraires à l’éthique », de « violations du code de conduite » et de favoritisme.

Dans l’histoire récente de la Banque africaine de développement (BAD), rarement un rapport d’enquête n’aura été tant attendu, redouté. Notamment par son président, le nigérian Akinwumi Adesina, gravement mis en cause par des employés mués en lanceurs d’alerte qui avaient déposé plainte en janvier. Le comité d’éthique de la BAD a rendu fin avril son enquête préliminaire examinant les faits reprochant à M. Adesina des comportements jugés « contraires à l’éthique », des présumées « violations du code de conduite » et des soupçons de favoritisme dans l’octroi de postes stratégiques de même que dans des contrats de plusieurs millions de dollars.

Le Monde Afrique a pu consulter ce rapport confidentiel, transmis début mai aux gouverneurs de la BAD. Il est sans appel et met à mal chacun des seize griefs à l’encontre du président Adesina et certains hauts cadres de la Banque. « Le comité a conclu que cette allégation n’était pas fondée et devait être rejetée », peut-on lire à quatorze reprises dans le document. Plus qu’une véritable enquête, le comité rejette les allégations de ceux qu’il appelle les « dénonciateurs » au motif que ceux-ci « auraient dû fournir des preuves ».

« Dans le cadre de l’examen préliminaire de la plainte, le comité d’éthique a en outre demandé aux lanceurs d’alerte de fournir toute information ou preuve supplémentaire en leur possession qui pourrait permettre d’étayer les allégations faites à l’encontre du président. Ces derniers ont refusé au motif qu’ils voulaient préserver leur anonymat », écrit l’administrateur japonais au sein de la BAD, Takuji Yano, président du comité d’éthique, dans une lettre datée du 26 avril.

« Motivations inavouées »

Quelques semaines plus tôt, le 8 avril, le président Adesina avait transmis un mémorandum au comité d’ethique censé se réunir le lendemain, de même que des documents internes. « La plainte des lanceurs d’alerte ne peut être considérée comme étant de bonne foi, car elle ne vise pas à dénoncer la fraude, la corruption ou d’autres actes de mauvaise conduite. Bien au contraire, elle a d’autres motivations inavouées », insiste M. Adesina dans sa note.

Le président croit savoir que l’administrateur américain de la BAD, J. Steven Dowd, a manigancé et utilisé ces lanceurs d’alerte pour lui nuire à des fins politiques. Contacté, M. Dowd n’a pas souhaité faire de commentaires. M. Adesina l’évoque dans sa missive, avant de livrer sa défense. Avec précision, il prend soin de déconstruire chaque allégation, appuyant ses démonstrations par des documents et des correspondances internes mais aussi des témoignages spécialement recueillis.

 

 « La vérité l’emporte toujours. Et la vérité est comme le soleil : aucun mensonge, quel qu’il soit, ne peut la dissimuler », écrit M. Adesina par mail à une ancienne cadre kényane de la BAD dont le recrutement était contesté par les lanceurs d’alerte. Auparavant, son avocat américain s’était adressé directement à Takuji Yano dans deux lettres datées du 10 février et du 10 mars révélées par Le Monde Afrique. Le conseil de M. Adesina a ainsi reproché au Comité d’éthique d’avoir « violé [le] principe » de confidentialité, « perdu de vue sa mission ». Une manière d’exercer une forme de pression sur M. Yano occupé à examiner les accusations formulées par les lanceurs d’alerte.

Les preuves manquent

Mais les preuves manquent, souligne à plusieurs reprises le comité d’éthique dans son rapport. « Après avoir procédé à un examen point par point de toutes les allégations contenues dans la plainte, le comité a conclu que la plainte ne reposait sur aucun fait objectif et solide », tranche-t-il. Le président Adesina est ainsi disculpé.

Parmi les premiers destinataires du rapport figure la ministre ivoirienne du plan et du développement, Kaba Nialé, également présidente du conseil des gouverneurs de la BAD qui doit se prononcer sur la suite à donner à ce dossier délicat. Dans une lettre datée du 5 mai adressée aux gouverneurs, Mme Nialé souligne que le « rapport détaillé (...) a disculpé le président de toutes les allégations portées à son encontre par les lanceurs d’alerte ».

Elle appelle à « rétablir la paix et la sérénité au sein de la Banque ». Car cette affaire a ravivé les critiques en interne contre la gouvernance de M. Adesina et des tensions entre pays actionnaires, à la veille des assemblées annuelles de la BAD qui devaient se tenir en mai et ont finalement été reportées en août. A cette occasion, M. Adesina, seul candidat à sa réélection, devrait briguer un second mandat à la tête de l’institution.

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